jeudi 27 juillet 2017

La bible des justiciers sociaux, dits SJW

« English version here »
Je suis bien conscient de la présence médiatique croissante d'une certaine partie de la population qui s'identifie à la gauche politique et qu’on appelle péjorativement les guerriers de la justice sociale (SJW). Même mon petit blogue me met en contact direct avec ces gens qui, se croyant plutôt justes, pensent qu'il y a énormément d'injustices à corriger, qu'elles soient visibles ou invisibles. Ne se contentant pas de l'idée d'égalité, ils veulent faire bénéficier tous les groupes soi-disant opprimés de faveurs et de privilèges.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de l'activiste Saul Alinsky, un organisateur communautaire américain, qu’on considère généralement comme le fondateur de l'organisation communautaire moderne. Le genre de comportement propre aux SJW, et qui se répand actuellement dans le cyberespace, n'est en fait pas nouveau du tout. Ce comportement est directement inspiré du livre d’Alinsky, intitulé « Rules for Radicals » de 1971, connu en français sous les titres : « Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes » et « Manuel de l'animateur social ». Dans ce livre, Alinsky fait la compilation des leçons tirées durant ses années passées dans le secteur communautaire afin de les enseigner à la nouvelle génération de radicaux.

Ceux qui sont maintenant appelés les SJW se disent préoccupés les enjeux de justice sociale. Or, à l’examen, on constate qu’ils sont davantage préoccupés par leur propre réputation, que par le sort de ceux qu’ils prétendent pourtant défendre. Désireux d'être considérés comme vertueux et purs, ils créent des slogans et de petites phrases accrocheuses pour attirer l’attention plutôt que de travailler à mettre en place concrètement les changements sociaux qu’ils prétendent souhaiter. Ils instrumentalisent souvent des événements historiques, pris hors contexte, pour appuyer leurs idées préconçues. Cette chronique en est un bon exemple, fournissant une interprétation erronée et parfois trompeuse de l'histoire de l'esclavage au Québec.

Les SJW recourrent à l'intimidation et à la violence verbale. C’est là une de leurs principales caractéristiques. Bien qu'ils agressent des gens et en injurient d’autres, ils jouent en même temps à la victime et pleurent des larmes de crocodile. Leur mot préféré figure invariablement dans cette courte liste : intolérance, discrimination, sexisme, racisme, homophobie, antisémitisme ou islamophobie. Ils se rencontrent généralement sur internet, car il est plus facile de publier des commentaires injurieux et outrageants sur les médias sociaux que d’agir dans le monde réel.

Dans le livre « Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes », Alinsky encourage ses disciples à identifier un « antagoniste externe » et à le transformer en « ennemi commun » de la communauté. Un politicien ou une organisation locale font généralement l’affaire. Une fois l'ennemi ciblé, les masses qui forment la communauté sont appelées à s'unir contre lui. Pour triompher de l’ennemi, on recourt généralement à la calomnie et à la diffamation. Peu importe si les accusations sont vraies ou non, ce qui compte, c'est que la représentation calomnieuse de l'ennemi demeure dans l'esprit des masses.

Alinsky encourage la protestation et les manifestations violentes. L’auteur affirme que ses stratégies ont permis à son organisation d'atteindre ses objectifs beaucoup plus rapidement qu’en ayant recours aux méthodes bureaucratiques régulières. Peut-être que ce genre de weltanschauungs ne serait pas si dangereux si les individus qui partagent cette vision du monde étaient au moins assez ouverts pour tolérer ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Mais la radicalité de « l’extrême gauche » contemporaine a transformé la justice sociale en une idéologie totalitaire. Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes un skinhead raciste et violent.

Voici quelques règles développées par Saul Alinsky à l’intention des radicaux :
  1. Le ridicule est l'arme la plus puissante dont l'homme dispose. II est pratiquement impossible de riposter au ridicule. Il a également le don de rendre l'opposition furieuse, et ce genre de réaction ne peut que vous être bénéfique.
  2. Une tactique n'est bonne que si vos gens ont du plaisir à l'appliquer. S'ils ne sont pas emballés, c'est que la tactique n'est pas au point. À l’inverse, vos militants continueront d’utiliser une bonne tactique sans avoir besoin d'être encouragés ou motivés. Ils feront tout leur possible et proposeront même de nouvelles tactiques, car le jeu les amusera. Un bon exemple de cela est le regroupement des activistes via les médias sociaux afin de diffamer et de ruiner la réputation (personnelle ou professionnelle) de la personne ciblée, comme dans la célèbre affaire R v Elliott sur Twitter.
  3. En poussant suffisamment loin quelque chose de négatif, on en fait finalement un atout. Cette affirmation s'appuie sur le principe que toute chose négative comporte une contrepartie positive. Prenons par exemple la violence, qui est généralement condamnée. Cela peut susciter la sympathie du public parce que le public a tendance à sympathiser avec celui qui est « défavorisé ». Récemment, quelqu'un sur Facebook m'a dit qu'il serait en faveur de la peine de mort si cela permettait de se débarrasser de certains « groupes racistes ». La gauche a beau avoir toujours été opposée à la peine de mort, voilà maintenant que certains l’endossent, si cela leur permet de se débarrasser de leurs ennemis. En d’autres mots, la gauche se cannibalise (de l'intérieur).
  4. Ne sortez jamais du champ d'expérience de vos gens. Quand une action ou une tactique est complètement étrangère à l’expérience de vos militants, vous courrez le risque de susciter chez eux confusion, crainte et fuite. Cela signifie aussi que la communication a échoué. C'est pourquoi les SJW ne parlent que de ce qui est immédiat, ici et maintenant. Ils n'analysent jamais l'histoire des idées ou le fondement logique de leur vision du monde, car cela nécessiterait qu’ils effectuent recherches qui vont au-delà de leur expertise. Ils risqueraient ainsi de se tromper et de se couvrir de ridicule.
  5. Il faut choisir sa cible, la figer, la personnaliser et polariser sur elle au maximum. Couper le réseau de soutien et priver l'ennemi de toute sympathie. Attaquez les gens et non les institutions. On blesse les gens plus que les institutions. Rappelez-vous quand Richard Lafferty a comparé Lucien Bouchard et Jacques Parizeau à Hitler? Ou bien comment Québec solidaire a dénigré le Parti Québécois en critiquant la défunte Charte des valeurs, comme s'il s'agissait d'un projet en cours. Les membres de QS les plus radicaux ont caricaturé ce vieux projet politique afin de diaboliser tous les membres actuels du PQ (alors qu’ils ne critiquent jamais le gouvernement fédéral).
Les gens bien ne peuvent pas utiliser les tactiques d'Alinsky parce qu’ils sont trop polis, respectueux de la loi et honnêtes intellectuellement. Ils ont du mal à s’abaisser au niveau de dépravation morale des SJW pour contester efficacement la menace croissante qu’ils représentent. Les SJW intimident les gens, tentent de soumettre ceux qui résistent et censurent la liberté d'expression des autres. Que cela pousse leur cible à perdre leur emploi ou se suicider a peu d’importance à leurs yeux. Ils se livrent à la violence et à la destruction matérielle, tout en banalisant les conséquences de leurs gestes. Les illusions dont ils se bercent sont terribles. Ils croient honnêtement qu'ils sont tolérants, ouverts d'esprit et qu’ils travaillent pour le bien de la société dans son ensemble.

En somme, ces idéologues promeuvent une vision du monde fondée uniquement sur leurs émotions et leur expérience subjective. La réalité et la vie des autres n'ont pas d'importance. La fin justifie les moyens, et ce, peu importe s’ils laissent derrière eux de nombreuses vies détruites.

dimanche 16 avril 2017

Québec solidaire et la gauche régressive


Nos conceptions actuelles de l’égalitarisme sont issues des présupposés philosophiques des Lumières. Du nominalisme médiéval vient la tradition moderne déclarant que les objets du monde ne possèdent pas des « natures », mais on leur attribue des catégories métaphysiques et des « essences » par un cadre conceptuel humain. Donc, la nature humaine est une table rase. Une grande partie de la modernité repose sur la fausse idée selon laquelle la source des maux de l'humanité se situe dans les différences: la race, la religion, le langage, le genre, etc. Si celles-ci peuvent être effacées par un mythe révolutionnaire qui attribue toute responsabilité à la lutte des classes, à la hiérarchie, à la lutte des genres, etc., alors l'évangile humaniste peut finalement créer un genre d’utopie.

Se peut-il que certains gauchistes se rendent compte que les humains veulent des leaders et ne fonctionnent pas toujours comme des unités atomiques rationnelles ? Toujours, les gens ordinaires s'accrochent désespérément aux clichés. Les abolir exige des gens qu'ils fassent leur propre recherche, réfléchissent par eux-mêmes et prennent leurs propres décisions. Peut-on vraiment s'attendre à ce genre de comportement élitiste des gens ordinaires ? En tout cas, j’ai récemment regardé une vidéoconférence, en anglais, organisée par Québec solidaire : « Defeating the Liberals, what role for the anglophone left » et je me demande justement quel rôle a à jouer cette gauche ? Après avoir brièvement flirté avec QS en 2007-2008, je comprends assez bien leur vision du monde. Ce flirt, cependant, n'a pas duré longtemps. Maintenant, j'ai tendance à voir la gauche se mener vers une mort très douce postmoderniste, trempée dans le nihilisme. Or, peut-être que Québec solidaire peut se racheter par une convergence avec le Parti québécois ?



La conférence commence par donner la ligne habituelle sur la façon dont les anglophones utilisent des mots comme « dépanneur » et « terrasse »; nous ne devrions donc pas nous inquiéter si les francophones parlent en franglais, ce qui signifie que le français n'est en aucun cas menacé, car les anglophones utilisent quelques gallicismes de temps en temps. La première intervenante a dit que nous vivions dans un « carrefour de la culture » pluraliste, passionnant, ainsi que d'autres déclarations de type phrase fourre-tout vide et inepte.

À la suite d’une brève introduction du premier intervenant (12:50), la deuxième oratrice a proclamé que si l'on est « progressiste », c’est fondamental de reconnaître le droit des peuples à l'autodétermination (je ne peux que deviner qu'elle se réfère spécifiquement aux nations autochtones). Selon l’intervenante n° 2, alors que la plupart des progressistes reconnaissent le droit à l’autodétermination, ils ne soutiennent pas l'autodétermination et la souveraineté du Québec.

Elle dit que tous les peuples ont le droit de « se gouverner de manière traditionnelle ... » Très bien. Mais je me demande : qu'est-ce que «traditionnel» signifie pour un parti de gauche ? Quels sont les groupes nationaux qui ont le sceau d'approbation de Québec solidaire pour se gouverner de manière traditionnelle ? Confronteraient-elles une société québécoise catholique traditionnelle ? D'après ce que j'ai vu et entendu là-dessus, de tels groupes catholiques obtiennent généralement l’étiquette « extrême droite » et le public est porté à croire que ces groupes sont composés de skinheads radicaux et violents.

À 13:30, elle dit que nous voulons nous assurer principalement que les femmes québécoises sont au travail. Pourquoi principalement les femmes? De plus, en soutenant le droit pour les sociétés traditionnelles à l’autodétermination, je ne peux m'empêcher de me demander comment elles réagiraient si une telle société traditionnelle décidait que les femmes ne devraient pas travailler, mais plutôt rester à la maison pour élever leur famille. L'oratrice suggère-t-elle que nous devrions soutenir le choix de ce groupe alléguant que les femmes ne font pas partie de la main-d'œuvre, et ce, au nom de l'autodétermination ?

À 18:15, on précise que Québec solidaire finit souvent par se défendre dans un cadre de souveraineté de droite. Il semble que les gens ne connaissent pas leur histoire, car si c’était le cas, on saurait que la souveraineté québécoise, telle qu'on la connaît aujourd'hui, a été un mouvement à prédominance de gauche depuis la Révolution tranquille, suite à la mort de Maurice Duplessis. Très récemment, les Libéraux ont commencé à l'encadrer comme une supposée vision du monde à l'extrême droite—dans le style de partis politiques européens comme le Front national ou le Sverigedemokraterna. Ils savent que de telles programmations neurolinguistiques permettent aux gens d'amalgamer l'autodétermination et la souveraineté du Québec au nazisme, à la xénophobie et au meurtre de masse, et que de telles assertions nuisent au mouvement de souveraineté dans son ensemble (et participent à maintenir les libéraux du Québec au pouvoir).

Bien sûr, elle a abordé le sujet de la prétendue augmentation des nationalistes ethniques de droite au Québec comme l'une des crises les plus urgentes auxquelles notre société est confrontée — dramatisée avec quelques histoires anecdotiques concernant l'un des supposés groupes de droite portant des bannières avec des symboles de l'ère nazie, dans son quartier, à Québec. A-t-elle pris une photo du prétendu signe de l'ère nazie? Parce qu'après avoir posé des questions, on m'a dit que c'était un mensonge nu. Sérieusement, pensez-y. Il serait trop drôle et stupide pour ces groupes d'afficher des symboles nazis sur leurs bannières; ce serait le suicide social et politique. Croit-on vraiment que ces gens ont le luxe de faire quelque chose de si socialement mal vu, pour ensuite ne s'attendre à aucune atteinte à leur réputation professionnelle et à leur capacité à gagner leur vie ? Les individus composant ces groupes « à l'extrême droite » n’ont-ils pas aussi des vies, des familles, des hypothèques et des voitures à payer ? Il me semble que certains « militants » commencent avec une certaine croyance, puis cherchent à confirmer leur partialité au lieu de traiter les faits tels qu'ils sont présentés. Ensuite, quand ils ne trouvent plus rien à l'appui de leur croyance, ils exagèrent ou inventent quelque chose : « je vous l'ai dit ! La ville de Québec est infestée de skinheads. » Quoi dire à ça ?

Curieusement, elle a aussi dit que le groupe susmentionné distribuait des brochures appelant à un boycottage contre des sociétés multinationales comme Starbucks et à soutenir nos entreprises locales. N'est-ce pas une bonne chose ? Est-ce pourquoi on appelle de plus en plus ces personnes la « gauche régressive » ? Maintenant, elles défendent les multinationales au détriment de petites entreprises familiales.

À 19:00, la deuxième oratrice a clôturé avec d'autres propos discutables : « … [à Québec solidaire], nous proposerons les meilleurs arguments et stratégies pour éteindre [les gens haineux de toutes les manières possibles] ». J'aimerais savoir comment elle définit les « gens haineux », la « haine », et ce qu'elle entend par « éteindre ». On dirait que c’est éteindre, par la diffamation, ceux qui ne sont pas d'accord avec eux. Qu'en est-il de la défense de la liberté d'expression ? Cela signifie aussi défendre le discours qui va à l'encontre de son idéologie. Peut-être devraient-ils trouver de meilleurs arguments au lieu « d’éteindre » les gens avec d'autres opinions ?

Le troisième orateur n'avait pas grand-chose à dire, en dehors de relater, à 23:00, qu'il est un progressiste, mais pas séparatiste. Alors, est-ce que l’oratrice précédente l’aime encore ? Après tout, elle vient de dire que le fait d’être progressiste signifie le soutien de l'autodétermination/souveraineté d'une nation.

Vers 31:30, la quatrième oratrice a commencé par déclarer que « le problème » (je suppose qu’elle voulait parler de la division anglo-franco) ne concerne pas la langue, mais la lutte des « classes [sociales] ». Je dois dire que je me pose de sérieuses questions. Montréal s’anglicise de plus en plus. De nombreux nouveaux arrivants ne connaissent pas le français et/ou n’ont pas besoin de l'apprendre. Le gouvernement libéral ne fait presque rien pour la protection et la promotion de la langue française. Comment peut-elle simplement écarter ce que la première oratrice a déclaré dans son introduction concernant la diversité linguistique qui fait de Montréal « l'une des capitales culturelles du monde » ? Le français est au centre de ce débat, un enjeu pour lequel QS a toujours été mou et tiède. Il s'agit d'un faux-fuyant typique chez les anglophones pour détourner l'attention du problème très réel de l'anglicisation de Montréal et couper les cheveux en quatre sur le vieux charabia marxiste fatigué à propos de la lutte des classes sociales. Ils ne seraient même pas là en train de discuter de tout cela si le Québec n'était qu'une autre province anglophone ou un État américain.

Vers 34:00, elle soulève de l’information douteuse, similaire à celle qu’a déclarée l’oratrice n ° 2 : que le soutien du mouvement souverainiste a été, pour la plupart des organisations nationales et racistes, de l’extrême droite. Encore une fois, quiconque possédant certaines notions d'histoire québécoise saurait que le mouvement souverainiste post-Révolution tranquille était principalement de gauche. Comment peuvent-ils continuer à affirmer de telles mystifications ? Et qu'en est-il de Québec solidaire? Ne font-ils pas partie du mouvement souverainiste ? Est-ce pour dire qu'ils sont de droite, eux aussi ?

Cette oratrice affirme également qu'elle pense que Québec solidaire possède le programme le plus intéressant au Québec, mais elle ne donne aucun exemple de la supériorité de son programme. Et elle se penche sur la raison pour laquelle Québec solidaire n'obtient pas le vote des immigrants et des autochtones. Ben là, c'est facile ! Parce que les personnes tombant dans ces catégories votent majoritairement pour les libéraux. C'est pourquoi QS a besoin d'une convergence avec le PQ. Il n'y a pas d'autre moyen de le faire. La majorité des immigrants et des autochtones ne vivent pas dans le Mile-End ou sur Le Plateau-Mont-Royal. Ils ne voient pas les choses à travers le même prisme que QS. De plus, à 35:30, elle dit que Québec solidaire est trop « pale, male and stale (and francophone) » (pâle, masculin, vieux et francophone). Apparemment, les hommes blancs, francophones (et plus âgés) ne sont pas les bienvenus.

À 36:00, tout en abordant vaguement une éventuelle convergence PQ-QS et en diabolisant le Parti québécois (qu'elle appelle, de mauvaise foi, le Parti Québecor), elle demande : « pourquoi allions-nous nous associer à un parti qui ne questionne pas la structure politique économique ou démocratique qui est justement notre problème ? » Encore une fois, elle parle de la lutte des classes et soutient que la souveraineté n'est pas une base assez solide sur laquelle le PQ et QS peuvent s'allier. Quand les militants de QS se rendront-ils compte que rien ne peut se faire sans la souveraineté ? Aucune de leurs idées grandioses ne peut advenir sans l'autodétermination qu'ils prétendent soutenir. Même Gabriel Nadeau-Dubois (candidat du co-porte-parole masculin de Québec solidaire) l’a reconnu dans son discours de lancement de campagne.

En ce qui concerne les « nouveaux anglophones » de Montréal, elle réduit les Indiens et les Pakistanais à des misérables qui essaient désespérément de gagner leur vie, ce qui implique que de s'attendre à ce qu’ils apprennent le français est cruel et sans cœur. Veut-elle dire que ces personnes n'ont absolument aucune responsabilité sociale/linguistique envers la société qui les accueille ? En les comparant à l'oppresseur historique anglophone de Westmount, elle les place dans une position de non-agression. Je sais que la gauche aime voir tout dans les binaires : oppresseur contre opprimé, homme contre femme, la bourgeoisie contre le prolétariat. Cependant, la vie n'est pas aussi simple que la dialectique oppresseur/opprimé. Bien que les sud-asiatiques (anglophones) dont elle parle ne soient pas les anglophones historiques riches et blancs, l'idéologie derrière le multiculturalisme les instrumentalise en sa faveur. Donc, dans cette vision du monde binaire, alors qu'ils ne sont pas des oppresseurs directs, ce sont des outils de cette oppression contre la langue française, car le résultat final, c’est une anglicisation accrue de Montréal, plus de tension entre les différents groupes ethniques et plus de division politique entre l’anglophone et le francophone.

Vers 40:00, elle réitère également le vieil adage selon lequel « les Italiens ont été refusés d'entrée dans les écoles françaises », ne semblant pas être au courant de la crise de Saint-Léonard qui a largement contribué à la situation linguistique derrière la loi 101. Je sais que, il était une fois, certains Italiens se sont sentis rejetés dans les écoles catholiques de langue française, mais comment peut-on croire cette histoire caricaturiste des méchantes religieuses françaises qui étaient si cruelles envers les pauvres Italiens, les conduisant dans les gentils bras ouverts des écoles de langue anglaise ? Sur quoi base-t-elle cette perception ? Quelques histoires anecdotiques ? Quoi qu'il en soit, j'ai déjà abordé ce sujet dans mon texte « Anglophones qui se prennent pour des allophones ».

Une dernière chose incongrue. Elle a dit que la langue parlée par quelqu'un ne définit pas ses points de vue politiques. N’a-t-elle jamais vu une carte électorale ? Les circonscriptions où la langue anglaise est parlée plus couramment sont toujours, sans exception, libérales.

Vers la fin, à 45:00, Amir Khadir a déclaré que les militants de Québec solidaire étaient trop paresseux de ne pas faire plus pour atteindre les anglophones, ce qui est vrai. Il se demande pourquoi le message de Québec solidaire, si inclusif, si bon, si juste, n'a pas atteint les masses qu'ils attendaient dans leurs débuts en 2006. Eh bien, probablement parce que Québec solidaire refuse de coopérer avec d'autres partis qui devraient être leurs alliés souverainistes. En revenant sur le sujet de la vidéo, quel est le rôle (anglophone) gauchiste dans la lutte contre les libéraux en 2018 ? Pour moi, il est clair que le rôle de Québec solidaire dans la lutte contre les libéraux, c’est de cesser de se quereller et de procéder à la convergence avec le PQ.



Mise au point : 
Les membres de Québec solidaire rejettent la convergence avec le PQ.

vendredi 10 juin 2016

Anglophones qui se prennent pour des allophones



Dernièrement, je pense à toutes les choses problématiques qui se passent au Québec et je me dis : peut-être que c’est juste trop étroit d’esprit de ta part de t’en prendre aux allophones ? Puis, j’en croise deux ou trois tout au long de la journée et, malgré moi, ça me rappelle à quel point cette situation est sotte et je suis porté à vouloir ajouter mon grain de sel.

Depuis mon arrivée à Montréal en 2009, une « espèce » m’entoure et elle semble n’exister qu’au Québec : l’allophone ! Si vous n’êtes pas du Québec, vous vous demanderez peut-être ce que diable est un allophone ? Courte réponse : un allophone est une personne au Québec qui n’a ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.

Je n’ai jamais trop aimé ce terme, très politiquement correct, « allophone ». Je comprends qu’il nous faut un mot pour parler de cette espèce qui ne semble exister qu’ici, mais je trouve que ce terme ne fait pas grand-chose sauf fausser les statistiques linguistiques de la ville de Montréal. Mais je suppose qu’il faut dire quelque chose pour contenter certains enfants d’immigrés, comme  les anglophones d’origine italienne/grecque de la troisième génération, prétendant être allophone. Cette comédie a tendance à dévoiler son vrai visage, d’ailleurs décevant, quand on leur demande pourquoi leurs connaissances du Québec sont si pitoyables quand ils ont physiquement vécu toute leur vie ici.

D’ailleurs, certains groupes considérés « allophones » sont pratiquement francophones. Pensez aux gens du Maghreb, d’Haïti, même du Viêtnam d’il y a quelques décennies—ces personnes fonctionnent ou s’expriment en français au Québec. En ce qui me concerne, ils sont des francophones. D’autre part, des « allophones » de l’Inde, du Pakistan, du Népal et de la Jamaïque s’expriment presque uniquement en anglais au Québec. Ils sont donc des anglophones. Mais les statistiques les traitent comme des allophones mystérieux. Niaiseries du gouvernement mises à part, j’aimerais seulement que ces personnes assument leur véritable identité d’anglophone et qu’ils cessent cette farce d’allophone.

Je sais par expérience que beaucoup de faux allo-anglophones, quand on s’adresse à eux en français, pètent une coche et te crient qu’ils paient leurs impôts. Ceci dit, ils disent en anglais qu'ils n'ont pas d’intérêt à s’intégrer à la société ou quelque chose du genre et nous recommandent de ne pas fréquenter leurs commerces si l’on a l’habitude audacieuse de leur parler en français (alors qu’ils prétendent être locuteurs de telle ou telle autre langue). Cette tactique a pour but de se faire pardonner quand ils se comportent en anglophone stéréotypé historique du Québec (c’est-à-dire : un pendejo).

Oui, peut-être que d’un point de vue strictement libertaire, on peut justifier un tel manque de tenue. Moi, néanmoins, j’aimerais que Montréal conserve son statut unique de métropole francophone en terre d’Amérique. En plus, ce n’est pas comme si parler français dépasse les bornes du bon goût et de la courtoisie. La plupart de ces allophones n’a aucune idée ce que c’est vraiment la loi et les statuts et répètent, comme dit le vieil adage, que le « Canada est bilingue » ! Peu importe ce que sont pour vrai les lois, ces personnes nous servent le même discours comme raison de leur paresse, manque d’intérêt et fermeture sur eux-mêmes. Le pire : plusieurs francophones ont intériorisé cette manière de faire et continuent à laisser une telle chose se produire.

Puis, il y a ceux parmi les faux allophones qui sont nés et ont grandi à Montréal (comme ils adorent te dire la partie « born and raised » pour mettre l’accent sur leur authenticité), avec des membres de leur famille, véritablement immigrants d’il y a une ou trois générations. Encore, je reviens aux faux Grecs et aux faux Italiens—Montréal en a tellement. Je connaissais un gars qui s’appelle Mike et, prétendant être italien, il ne parle pas cette langue et n’a jamais mis les pieds dans ce pays. Il parle français comme langue seconde et l’anglais comme langue maternelle. Ceci dit, que fait de ce type un Italien, au juste ? Cette logique fait-elle de moi un Québéco-Norvégien, vu que la famille de ma mère est d’origine québécoise ? Non, on m’appelle toujours « américain ». Mais Mike l’anglophone de Montréal, lui, il est italien ! De belles histoires similaires abondaient dans les bureaux où j’ai travaillé à propos de mes anciens collègues « grecs ». Quel monde merveilleux !

Quand j’en parle avec eux, ils me racontent telle ou telle histoire mielleuse qui fait pleurer, sur le fait qu'on a refusé à leurs parents (ou à eux-mêmes) l’accès à l’école française ou encore que les gens au Québec étaient méchants ou quelque chose de ce genre. Ils parlent comme si l'année 1968 d’avant la loi 101 n’avait rien à voir, quand 40% de l’arrondissement de Saint-Léonard étaient des immigrants italiens, avec une majorité des enfants envoyés à l’école anglaise. Certains disent que l’école française catholique refusait des Italiens, mais je demeure suspicieux et sceptique envers cette allégation quand tout le monde sait que la majorité des immigrants voulait l’école anglaise pour leurs enfants. C’était typique à l’époque et ce l'est sûrement toujours aujourd’hui.

Ils agissent comme s’il n’y avait jamais de bonne raison pour l’existence du Mouvement pour l’intégration scolaire. Ils oublient que la réaction italienne à la francisation a été l’ouverture des écoles anglophones clandestines aux foyers privés, qui manquaient d’équipement de base (même si quelques réseaux anglophones montréalais fournissaient de l’aide financière). On peut trouver du monde dans des cafés miteux sur la rue Jean-Talon près du métro Fabre qui raconte des histoires qui émeuvent aux larmes à propos de leur profond désir de fréquenter l’école française, mais que hélas, les méchants francophones se moquaient de leur accent et les refusaient. Par contre, la commission scolaire protestante civilisée (anglophone), elle, les accueillait à bras ouverts.

Enfin, tout cela n’a plus aucune importance. Quand les faux Italiens ou les faux Grecs ne veulent pas parler le français, ils ont recours à leur formule « I’m Italian » ou « I’m Greek » afin de justifier leur vision du monde indifférente. Après tout, comme a crié le mec fou d'origine indienne du dépanneur (du lien ci-haut) : ils paient leurs impôts, fait que « ferme ta yeule et va dépenser ailleurs » !

Le plus énervant est quand ils se servent de cette identité d’allophone pour se décharger de leur culpabilité de se ficher du Québec et du français, malgré plusieurs années, voire décennies passées ici. Une fois, j’étais à un de ces restos chinois sur la rue de la Gauchetière à Montréal et quand j’étais à la caisse, la caissière m’a parlé en anglais. Je lui ai répondu en français, puis elle m’a répondu dans une langue asiatique. Je lui ai demandé si elle parlait français. Elle a rétorqué : « parlez-vous mandarin ? » Je lui ai demandé « pourquoi diable devrais-je parler le mandarin ? On est au Québec et non en Chine ». Après la mini-chicane, elle a fini par me servir en français. Ah ! Tiens ! La sorcière mesquine parlait finalement un peu en français ! Pourquoi ne l’as-tu pas fait dès le début, ma vieille ? Est-ce vrai, cette idée qui nous raconte que les Asiatiques croient pareilles toutes les langues d’Europe ? Mais je sais que ce n’est pas à sens unique. Au Minnesota, j’ai une fois demandé à un gars dans quelle langue était son tatouage absurde en caractères orientaux. Il m’a répondu « asiatique » et s’est fâché  quand je lui ai dit que cette langue n’existait pas.

C’est drôle, car dans le grand ordre des choses, ces personnes « allophones » finissent par devenir des gros vides, mélangés comme tels dans la tache brune pâteuse multiculturelle de l’Amérique du Nord. Ils refusent l’identité québécoise et tiennent à s’identifier en tant que telle ou telle nationalité—même quand c’est évidemment faux. Mike ne passera jamais pour un vrai Italien en Italie. Il se peut qu’il se dise « canadien » d’une certaine manière—quoi que ça veuille dire. Quand je vivais au Minnesota et que je croisais des Canadiens, je leur demandais souvent de quelle manière ils se distinguent de leurs homologues aux États-Unis. La réponse était presque toujours en lien avec le régime public d’assurance-maladie. Mais là, ils ne peuvent même plus se servir de cet axiome, car les chanceux Américains se trouvent dans une situation semblable avec Obamacare !

En tout cas, la situation allo-anglo ne s’améliore pas dans une Montréal pleine d’anglophones racontant des histoires sur leur triste sort au Québec. Parfois, on entend de la torture qui se passe à la STM ou d’autres trucs qui feront croire que les paramédics mangent des enfants comme la vieille de Hansel et Gretel. Parfois, leurs frères des autres provinces ont un mot à dire.

Avant de recevoir plein de commentaires négatifs des anglos, proférant des inepties sur leurs droits et gna gna gna, sachez que je ne fais que souligner que tous les faux allophones devraient juste s’assumer, cesser de s’afficher en tant qu’allophone et dire ce qu’ils sont—des anglophones, pas très différents les uns des autres, qui ne prêtent aucune attention au Québec et tout ce qui vient avec, tout en instrumentalisant la langue de leurs ancêtres afin de justifier leur médiocrité.

Pour terminer sur une note positive, il y a quelques anglophones au Canada qui se mettent à se réveiller et reconnaître que le Québec a toujours eu raison en ce qui concerne la langue, l’identité et la vie sociale.

Espérons que les « allophones » en tiendront compte.

jeudi 11 février 2016

Après cet article, les anglophones du Québec voteront OUI !



Je ne suis plus sûr pourquoi on ne dit pas franchement la vérité aux gens du Québec. Parmi ceux-ci, les immigrants qui cherchent à s’enrichir et non à s’intégrer se laissent convaincre par le Canada anglais que c’est dans leur intérêt de demeurer dans la province la plus pauvre au Canada per capita. Alors ils viennent ici et jasent de la beauté de leur patrie et d’à quel point les mouvements anticoloniaux sont formidables dans leur pays. Mais ils contribuent à nous empêcher de faire pareil ici!. En étant aux commandes de son destin, le Québec pourrait générer beaucoup plus de richesse que celle générée actuellement dans le régime politique canadien.

Étant donné que le racisme est une attaque contre ce qui est plutôt que ce qui est fait, je ne m’excuse pas de dire ce que je vois. Bien sûr que c’est à la mode parmi les GJS (guerriers de justice sociale) de dire que je suis « privilégié » à cause des malheurs du passé en Amérique du nord. De toute façon, au Québec n’ont jamais été massacrés des Amérindiens. Donc, aux immigrants du Québec, je dis : « Vous rendez-vous compte que vous forcez les Québécois à rester au Canada et les empêchez d’acquérir ce qui est à eux, les richesses d’ici, et ce qui sera à vous aussi ! Vous nous forcez à donner au Rest of Canada (ROC) des impôts et des soldats pour envoyer des bombes chez vos frères et vos sœurs. Pourquoi croire le mensonge que c’est dans votre intérêt de voter NON à un référendum sur la souveraineté du Québec? » Personne n’a l’air de se rendre compte d’à quel point le Québec est riche, y compris les anglophones qui votent toujours NON aux référendums et les sympathisants du Parti Libéral, peu importe le mal que font les Libéraux.

N’y a-t-il personne qui se pose la question à savoir pourquoi nos ponts traversant le Saint-Laurent sont si hauts ?

C’est dû aux énormes navires qui traversent gratuitement notre territoire, de et vers l’Ontario, et de et vers l’océan Atlantique. Le nouveau pont Champlain est censé nous coûter environ 5 milliard $. Ce pont est sous la responsabilité du gouvernement fédéral, lequel veut que ledit pont ait un péage. Et qui traversera ce pont et donc acquittera le péage ? Bien sûr nous, les contribuables du Québec et surtout de Montréal ! Évidemment, il n’y aura personne des provinces dites riches qui paiera (car dans leur novlangue de péréquation, ils appellent le Québec une province démunie). Ainsi, il suffirait de faire quelques calculs pour constater que ce pont coûtera dans les environs de 1200-2000$ par contribuable Québécois. C’est cher payé, et non pas tant pour nos besoins à nous, mais surtout pour ceux des grands navires qui passent dessous.

Juste à côté du pont Champlain il y a un autre pont peu remarqué à deux voies et beaucoup plus bas, l’estacade du pont Champlain—et aussi beaucoup moins cher. La construction d’un pont similaire à six voies, comme le stipule le plan pour le nouveau pont Champlain, vaudrait beaucoup moins, mettons, environ 1,5 milliard $. Ceci dit, étant donné qu’un pont à 1,5 milliard $ comblera essentiellement les besoins des gens de Montréal, ne serait-ce pas plus juste de dire que la différence de 3,5 milliard $ devrait être comblée par un péage pour les navires passants dessous, et non pour les autos passant dessus ? Mais ce n’est pas ça que disent nos chers amis fédéralistes. Oh non non… ils disent que nous on va tout payer ! Or, nous n’avons pas besoin d’un pont aussi haut. Les navires, si. Et ils traversent notre territoire gratuitement !

Je ne dis pas qu’on devrait fermer la voie maritime, mais que le Canada anglais devrait payer sa part des taxes et péages relatifs à ce pont qui, par sa hauteur, favorisera l’acheminement de biens canadiens vers l’océan Atlantique. Ledit nous comprend bien sûr les anglophones de l’Ouest-de-l’île de Montréal—ils n’échapperont pas non plus à ces coûts. Le transport maritime est actuellement de compétence fédérale; la Voie maritime du Saint-Laurent n'appartient légalement pas aux Québécois, bien que notre fleuve constitue autant une grande valeur symbolique qu'un vecteur incontournable de notre développement économique. Tout comme les ports, qui ne nous appartiennent pas non plus, nous laissons entre les mains d'un autre Parlement la gestion de notre potentiel et de nos capacités de s'enrichir collectivement en ne contrôlant pas nos propres voies de transport.

Un Québec indépendant aura le contrôle de la position stratégique du Saint-Laurent ainsi que le droit d’introduire des péages sur les véhicules et les navires traversant son territoire, comme dans tous les autres pays du monde. En 2013, le canal de Suez a généré 5,5 milliard $. Depuis quelques années les richesses ayant transité par la Voie maritime du Saint-Laurent ont un peu décliné en raison de la désindustrialisation de la région des Grands-Lacs (en omettant, bien sûr, le paradoxe de Toronto, une ville se trouvant dans le « Golden Horseshoe » (« Fer à cheval Doré ») où la richesse est arbitrairement accumulée pour des raisons politiques, mais sûrement pas grâce à sa géographie).

Les pays enclavés, sans accès à l’océan, sont généralement plus pauvres. Il suffit de regarder les cas du Laos, de la Bolivie, du Mali, de la Mongolie… même de notre propre pays le Canada. L’Alberta a ses sables bitumineux, tandis que c’est Vancouver qui se trouve au sommet de la liste des villes canadiennes à la meilleure qualité de vie. Montréal a un accès navigable à l’océan, mais est plus pauvre que Toronto… et non, ce n’est pas à cause du nationalisme québécois, ni de la langue française (petite anecdote : un gars nono m’a déjà dit que c’est cher, tout traduire en français, et que c’est pour ça que nous payons plus d’impôts au Québec… sacrement). Cette salade que nos amis fédéralistes adorent nous raconter commence à flétrir. La décision de faire de Toronto la métropole canadienne était prise bien avant la Révolution tranquille. Le Canada a choisi Toronto comme sa métropole et Montréal devient une ville satellite de cette méga-city comme toutes les autres villes canadiennes désormais. 

Or, la souveraineté politique et économique transformerait Montréal en métropole financière de niveau international, avec des multinationales y ayant, de nouveau, leurs sièges sociaux (et tous les gros salaires qui viennent avec). L’Aéroport de Montréal-Trudeau deviendrait un carrefour international au lieu d’être une succursale pour les aéroports de  Toronto. La Ville de Québec profitera énormément en tant que Capitale internationale—imaginez les ambassades qui y pousseront et les richesses que celles-ci vont drainer ! La Ville de Québec, si elle a un complexe d’infériorité face à Montréal, verrait celui-ci s’effacer devant son statut de capitale à l’échelle internationale.

Aucun pays n’a regretté d’avoir atteint sa souveraineté juridique.

C’est aussi de plus en plus clair que le vieux discours de victime et de trahison ne touche plus les jeunes au Québec (encore moins chez les immigrants). La jeune génération est passée à autre chose et veut entendre un message constructif. Elle veut entendre comment l’indépendance sera avantageuse pour eux, pour leurs intérêts économiques et leurs valeurs. Le Québec a une population 50 fois plus grande que celle de, disons, l’Île du Prince-Édouard, mais son pouvoir politique ne vaut pas bien plus que celui de cette petite île.

En plus de ramener progressivement les gros salaires de Toronto vers Montréal, Montréal redeviendra une grande métropole de la finance d’un pays souverain au lieu d’être une ville retardée qui dépend des choix du ROC. Montréal aura de nouveau sa Bourse, alors la précédente a fusionné avec celle de Toronto en 2007 pour des raisons purement politiques et non économiques, malgré ce que disent nos amis fédéralistes qui invoquent le nationalisme québécois.

Prenez une ville comme Oslo, capitale de la Norvège. La population norvégienne frôle 4,5 million habitants et Oslo a sa Bourse ; d’ailleurs tous les pays Scandinaves en ont une. Imaginez si les trois pays Scandinaves avaient formé un pays uni, étant donné leurs langues similaires à 90% et leur histoire commune, est-ce que vous croyez vraiment qu’Oslo aurait eu la même importance que celle dont elle jouit aujourd’hui en tant que capitale internationale ?

85% de la population canadienne réside dans une bande est-ouest longue et étroite. Au nom de l’unité politique, le fédéral essaye toujours d’entretenir cet arrangement coûteux en orientant les relations économiques et commerciales dans une trajectoire est-ouest, au lieu de le faire dans l’axe nord-sud plus naturel (70% des exportations du Québec en 2014 sont à destination des États-Unis). Quand on prend en considération les relations du Québec avec le reste du monde, il ne reste pas grand-chose pour cet axe est-ouest du ROC. Par exemple Hydro-Québec a probablement été créée, entre autres, en regard d’objectifs financiers inclus dans l’axe nord-sud, puisqu’elle vend une bonne partie de son électricité en Nouvelle-Angleterre.

Et l’état déplorable de nos routes ? Les commerçants des provinces atlantiques expédient et reçoivent leurs biens par camion – alors qu’un camion peut dégrader la route autant que 10 000 autos—et ils passent gratuitement sur notre territoire ! L’usure énorme des camions, aggravée par l’effet de nos hivers québécois, résultera toujours en un coût plus élevé d’entretien routier au Québec. Or, les Québécois se baladent très rarement dans les provinces atlantiques, au Manitoba ou en Ontario. Les gens de ces provinces par contre traversent volontiers le nôtre. Est-ce que cela pourrait contribuer aux raisons pour lesquelles nos routes sont généralement dans un état pire que les leurs ? Pourquoi alors les laissons-nous passer chez nous gratuitement ?

Et la péréquation ? Ce système sert à faire croire à tout le monde que le Canada nous donne annuellement un cadeau du ciel ; en fait la péréquation c’est l’ensemble des taxes payées par tous les contribuables Canadiens. Elle est distribuée des provinces les plus riches aux provinces et territoires les plus pauvres dans le but d’uniformiser le niveau de vie à travers le Canada. Étant donné que son financement vient des taxes fédérales et non uniquement des argents provenant des sables bitumineux, et que nous aussi au Québec on paie des taxes, est-ce vraiment un si gros cadeau ? « On » dit que le Québec est pauvre ; alors ne serait-« on » pas content de se débarrasser de nous au sein de la fédération canadienne? Oui, le Québec a reçu une somme de 9,3 milliard $ pour l’année 2014-15. Mais le Québec a aussi payé 18% de cette somme avec ses taxes. Donc, il faut déjà relativiser ledit « cadeau ».

Le gouvernement fédéral compte dix provinces à partir desquelles il calcule les paiements au sein de son système national de péréquation. Les trois immenses territoires du nord du pays, sous-peuplés et sous-développés, auxquels le système de péréquation ne demande pas de contribuer, peuvent néanmoins en recevoir des paiements—une autre somme énorme à soustraire. Les Amérindiens sont trois fois plus nombreux au Canada anglais—encore plusieurs millions qu’on paie et dont on ne tire rien. La population de 8 million d’habitants au Québec est la 2e plus importante au Canada, pour un paiement de péréquation d’environ  915$ en 2014-15, par opposition à  2 320$ par personne à l’île du Prince-Édouard. Le « cadeau » fédéral au Québec est ainsi beaucoup plus petit que l’on prétend. Pensez à tous les milliards que nous perdons en renonçant à la gestion de nos propres affaires ! La vallée du Saint-Laurent, au vu de l’intensité de la circulation maritime sur ses eaux, nous profite actuellement très peu  malgré son immense potentiel économique. Le mirage de la péréquation fait croire aux Québécois qu’ils reçoivent la charité du gouvernement fédéral. Le Canada est organisé d’une manière à prendre ce qui appartient au Québécois. Ils ne nous donnent rien.

Et l’environnement ? Considérez ceci : l’Alberta produit un pétrole sale et coûteux à extraire; et n’a aucun accès maritime. La Colombie-Britannique a refusé l’oléoduc Northern Gateway. Pour des raisons politiques, l’Alberta est obligé de passer par la vallée du Saint-Laurent. Non seulement devrions-nous exiger un droit de passage sur notre territoire, comme c’est l’usage dans tous les pays, mais les revenus générés par ce péage de la Voie maritime du Saint-Laurent pourrait servir à investir dans notre réseau de transport électrique.

En matière énergétique, le Québec produit majoritairement de l’hydro-électricité,  laquelle aide à équilibrer le bilan environnemental canadien un peu noirci par la production de pétrole sale en Alberta. Sans le Québec, le Canada serait beaucoup plus perçu comme un pollueur qu’il ne l’est aujourd’hui. Si un système mondial d’échange de crédits-carbone était mis en place, cela induirait peut-être le paiement de crédits de carbone au Québec... Je parle de l’initiative onusienne à l’échelle locale qui oblige les grands pollueurs de payer aux pollueurs plus petits. Qu’il s’agisse d’une escroquerie onusienne à la « nouvel ordre mondial » ou non, c’est quand même une façon intéressante de voir comment le Québec peut encore une autre fois sortir avec le gros bout du bâton.

Et ce « 3e référendum » tant redouté ? Plus précisément, la démocratie est-elle bonne ou mauvaise ? Si l’on croit que la démocratie est bonne, les référendums sont un outil rien de moins que supérieur pour apprécier ce que veut une population donnée à un moment donné sur un sujet précis, spécifiquement en comparaison d’une élection sur quelques idées éparses ou relatant des sottises comme le coiffeur d’un candidat. En tant qu’outil privilégié en démocratie, un référendum se gagne ou se perd avec 50% +1 des voix, au lieu d’avec 30-40% des voix comme on l’a déjà vu dans certaines élections avec un mode de scrutin critiqué.

Quand les fédéralistes disent qu’ils ne veulent pas un autre referendum, ce qu’ils disent vraiment c’est que la démocratie est nocive—donc, selon eux nous devrions tout simplement éliminer les élections ! Plutôt que de convaincre la population que le fédéralisme est supérieur à d’autres formes de gestion politique, les fédéralistes eux-mêmes ont décidé de détruire leur patrie avec une immigration massive et inassimilable. Ils ont même mis de l’avant l’idée stupide que les réfugiés Syriens à Montréal devraient avoir l’accès au système scolaire anglophone. L’idée derrière cela est qu’ils ont déjà tellement souffert que ce serait cruel de leur imposer en plus l’apprentissage du français, lequel est bien sûr assimilable à une torture… Les écoles de CSEM sont à moitié vides aussi.

En tout cas, je crois que je vais devoir faire une suite à cet article. Pour l’instant, je vais conclure ainsi : il y en a qui disent qu’il faut faire le ménage dans l’État québécois avant de penser à faire l’indépendance… c’est plutôt le contraire ! En se servant des avantages fournis par l’indépendance, nous pourrions enfin nous attaquer aux problèmes qui nous concernent tous—anglos, francos, allos—soient les infrastructures qui tombent en ruine, les richesses et le capital déplacés, nos institutions qui tournent mal…tout cela nous touche tous. Les sondages disent que la majorité des jeunes au Québec se croient Québécois d’abord et avant tout. Des plus jeunes aux plus âgés, quelle que ce soit votre langue, rendez-vous compte que la souveraineté, c’est payant.

Mon texte ne met pas de l’avant des opinions extrémistes, mais plutôt morales.

mardi 5 janvier 2016

Que font les immigrants au Québec ?

Récemment, j’ai passé la fin de semaine à Montréal avec un couple d’amis venant d’un pays sud-américain. J’ai connu la femme pendant un stage que je faisais en France il y a plusieurs années. Son mari était venu lui rendre visite un jour : il était fort sympathique, mais il ne parlait que l’espagnol ce qui nous a limité les conversations que nous avons pu avoir. Elle, elle parlait couramment le français en plus de bien maîtriser l’anglais. Dans l’ensemble, nous nous sommes bien entendus et nous avons gardé le contact après le stage.

Quelques années plus tard, lors d’un passage dans leur pays, j’ai profité de l’occasion pour les revoir. Je savais qu’ils ne voulaient pas y rester, car les problèmes sociaux et économiques étaient nombreux—par exemple, la pénurie d’aliments de base comme le poulet. Je leur ai parlé de mon expérience du processus d’immigration en tant que travailleur qualifié. J’ai dit (ou plutôt je lui ai dit à elle, vu qu’on parlait en français) plusieurs fois qu’ils devraient envisager immigrer au Québec en tant que travailleurs qualifiés, car je pensais qu’ils s’y intégreraient facilement.

Ils ont complété et envoyé tous les documents du programme Travailleurs qualifiés sélectionnés par le Québec. Mais ses capacités linguistiques à lui n’étaient pas assez bonnes et leur dossier a été rejeté. Plus tard, elle s’est fait accepter dans un programme à l’Université de Montréal et a obtenu un visa d’étudiante ainsi que des papiers pour lui. Ils sont arrivés ici l’été passé. Je les ai rencontrés à l’aéroport et leur ai montré la ville. Je les ai accompagnés dans leur recherche d’un appartement. Ils ont fini par en choisir un dans Côte-des-Neiges. Ce n’aurait pas été mon premier choix point de vue intégration, mais c’est leur choix et non le mien.

J’avais de la misère à cacher un certain mépris pour l’appartement et surtout pour le propriétaire, un anglophone pure laine de Montréal qui me regardait comme un extra-terrestre quand je lui parlais français. La concierge était une vieille Portugaise qui parlait un mauvais anglais avec quelques mots de français. Je me suis dit : comment vont-ils s’intégrer avec une telle première impression de Montréal ? Oui, elle étudiera dans une université francophone, mais quoi dire de lui ? Je leur ai donné toute l’information nécessaire afin qu’il puisse s’inscrire aux cours de francisation qu’offre gratuitement le gouvernement. Il y en avait même un à deux coins de rue de chez eux.

Dans tout les cas, un an plus tard, il n’a pas encore appris à dire la moindre phrase en français—sans parler de son anglais de base à peine fonctionnel. À mes yeux, son français devrait avoir priorité. En plus, ils ont des voisins albertains et beaucoup de d’amis hispanophones. Elle m’a raconté que sa job à elle (à temps partiel) nécessite presque toujours de parler anglais. Quant à lui, il a trouvé une jobine dans une usine fabricant des boyaux de porc où il y a plusieurs hispanophones. Quand il doit parler aux non-hispanophones, il le fait dans son anglais approximatif. Il se plaint que les emplois ici exigent une connaissance du français et de l’anglais. Quoiqu’en dise Philippe Couillard, comment se fait-il qu’une personne travaillant dans une usine de boyaux doive avoir une connaissance fonctionnelle de l’anglais alors que nous vivons dans une société supposément francophone ?

Pour faciliter les choses aux entreprises, surtout quand les immigrants y sont nombreux, on les laisse faire ce qu’elles veulent—et cela ne comprend souvent pas l’usage du français au travail. Pourquoi les entreprises feraient-elles attention aux enjeux comme la communauté, la langue, le mode de vie et la société ? Je sais très bien que les entreprises ont pour seule mission de faire des profits. On a besoin de l’argent et ceux qui sont indifférents à la situation précaire du français à Montréal répondront tout simplement que ces migrants et ces immigrants s’adaptent à la situation actuelle afin de joindre les deux bouts.

C’est pour cela que mon ami se sent coincé ; en même temps, il ne fait aucun effort pour apprendre le français.

Je leur ai dit que ce serait peut-être mieux de déménager en Ontario ou ailleurs, où la situation linguistique est plus simple ; ils m’ont répondu que la qualité de vie à Montréal les attire et qu’ils aimeraient y rester. C’est déjà ça de pris pour le Québec ! Dans ce cas-là toutefois, je trouve que l’apprentissage du français est impératif pour lui. Continuer à vivre au Québec sans l’apprendre n’est pas sain. Ironiquement, s’il y a une certaine qualité de vie qui leur plaît à Montréal et que l’on ne trouve pas ailleurs, ça tient évidemment au fait français. Or, il me semble que c’est plutôt un Montréal où la langue française est marginalisée et folklorisée qui les intéresse véritablement. Quel illogisme ! Comment ne se rendent-ils pas compte que c’est le français qui rend Montréal et le Québec en général si exceptionnels ?! D’autre part, si l’anglais est si attrayant, le paradis sur terre n’est qu’à quelques centaines de kilomètres à l’ouest—ou à l’est, ou au sud, ou au nord ! Pourquoi ne pas s’y diriger? Pendant ce temps, mes deux amis jouissent de la seule société francophone en Amérique du Nord—une société qu’on ne peut observer nulle part ailleurs dans le monde—sans contribuer à sa préservation (à part payer des impôts…), ni favoriser son épanouissement. Qu’ils le sachent ou non, ils ne contribuent qu’à son anglicisation. Ne peuvent-ils pas voir cette grosse contradiction ?

Je sais que mes amis ne sont que le reflet de la réalité montréalaise actuelle. Les jobs sans lendemain n’exigent pas une connaissance du français ; cela leur donne l’impression qu’ils ne peuvent aspirer à rien d’autre que ce qui est leur est proposé dans l’immédiat. Mais où est l’initiative personnelle, bordel ? Où est la volonté à s’intégrer à la société d’accueil ? Pourquoi n’avouent-ils donc pas pourquoi ils sont réellement venus ici ? Au fond, leur choix n’avait rien à voir avec le Québec francophone. S’ils ont mis cap sur le Québec, ce n’était que par attrait pour le style de vie nord-américain. Ce n’est pas qu’un cliché—c’est mon ami que me l’a dit!

La question essentielle est celle-ci : si le Québec aspire non seulement à survivre, mais aussi à s’épanouir, comment peut-il se permettre d’accueillir 50 000 migrants par année, dont plusieurs ne sont pas motivés par le projet sociétal québécois, ni soucieux de le préserver ?

Et je ne sais plus quoi dire à mes amis, car ils ont raison quand ils insinuent qu’apprendre le français ne vaut pas la peine—ils n’en ont pas besoin pour accomplir leur travail actuel. Je crois qu’ils comprennent qu’en général, on a besoin de bien parler français (et anglais) pour avoir un bon emploi au Québec—mais est-ce vraiment le cas ? Je me souviens que, lorsque je suis arrivé, j’ai décroché un bon emploi au centre-ville, près de Peel et de Maisonneuve. Y parler français était supposément un atout, mais ce n’était au fond pas réellement nécessaire. Les projets se déroulaient essentiellement en anglais au sein d’équipes composées d’énormément d’anglophones unilingues, surtout issus de l’immigration grecque ou italienne de 2e ou 3e génération (souvent hostile au français) et clairsemées d’immigrants chinois, thaïlandais et philippins anglicisés.

Je sais par expérience que le français n’y était pas nécessaire, voire qu’il était parfois mal vu de demander aux autres de le parler. Je me souviens qu’une fille noire, dont les parents étaient originaires du Nigéria, en Afrique, avait déclaré avec suffisance lorsque je m’étais affiché comme nationaliste québécois : « Ah, c’est ça, tu me haïs… ». Je trouve qu’au Québec, on crie vite à la « haine » dans l’espoir de faire celui qui a raison, et surtout, pour tenter de masquer son propre sentiment anti-français et anti-Québec. « Oh, c’est du mépris, tu n’as que de la haine pour moi. Tu es borné, raciste et antisémite, et tu ne parles même pas anglais ». 

Franchement, ces allégations clichées et ces insultes qui ne servent qu’à faire taire l’autre personne, est-ce que ça fonctionne toujours ?

En fait, ce n'est pas parce qu’elle est noire ou parce qu’elle est anglophone que j'ai un problème avec elle—simplement parce qu’elle est dit des sottises.

Revenons au sujet de cet article : la raison pour laquelle je suis venu ici au Québec, c’était pour contribuer au fait français. Je veux que Montréal et le Québec soient aussi francophones que possible. À cet égard, comment peut-on espérer qu’une personne issue d’un pays plus pauvre économiquement et qui ne parle pas français veuille l’apprendre alors qu’elle ne pense qu’à combler ses besoins de base, comme se nourrir, se vêtir et s’amuser avec des trucs de merde fabriqués en Chine?! Si une connaissance approximative de l’anglais peut combler ces besoins vulgaires, pourquoi prendre la peine d’apprendre le français et s’intégrer à une culture unique –qu’on prétend pourtant par ailleurs aimer ? Dans cette espèce d’environnement multiculturel qui favorise la médiocrité et qui leurre les individus dans la croyance qu’ils sont des citoyens du monde (essentiellement le mensonge alléchant d’une anglophonie mondaine), il est facile de comprendre les actions des migrants et des immigrants d’aujourd’hui.

Peut-être avez-vous déjà deviné que je regrette maintenant de leur avoir dit de venir ici. Ils sont tous les deux de bonnes personnes. J’ai seulement été naïf de croire qu’ils auraient le même intérêt pour le Québec et pour la société francophone nord-américaine que moi. Malheureusement ce n’est pas le cas. Comme la majorité des migrants et des immigrants, ils choisissent de quitter leur pays d’origine d’abord et avant tout dans l’espoir de trouver ici de meilleures conditions de vie, et non pas dans l’optique de s’intégrer à leur société d’accueil. Souvent, ils ne parlent pas français et s’ils speak white, c’est dû au fait que speaking white est speaking money.

Je ne dis pas non plus que ces migrants et que ces immigrants finiront par être riches, ni que leurs vies seront faciles. Et je ne veux pas non plus qu’ils quittent le Québec en masse. Ce que je veux, c’est qu’ils s’y intègrent. Je veux qu’ils parlent français. Je veux qu’ils contribuent à la société québécoise, et pas seulement en payant des impôts et en faisant des bébés. Dans un Québec fort et francophone, des gens de tous les pays sont bienvenus, pourvu qu’ils soient motivés à contribuer à la construction du Québec. Je sais que nous sommes des individus, mais l’individualité extrême n’a pas sa place, pas plus que l’attitude je-m’en-foutiste qui l’accompagne.

Allez-y : accusez-moi d’être raciste !

jeudi 26 novembre 2015

Qui sont vraiment les anglophones de Montréal ?


Chercher du travail n’est jamais facile. On ne peut être aussi difficile qu’on le souhaiterait. Dans mon cas, je savais que je voulais utiliser mon français au travail. Or, le marché du travail exige un tas de compromis. Par conséquent, nous avons tendance à accepter des choses qui s’éloignent de ce qui nous est le plus adapté. Et moi, je n’y fais pas exception ! Pendant quelques années, j’ai travaillé pour une grosse multinationale à Ville-St-Laurent, avec des collègues à 80% anglophones. C’est vrai que cela me dérangeait, car je n’étais pas venu au Québec pour finir dans un environnement tout à fait semblable à celui que j’avais quitté aux États-Unis.

J’imagine qu’on trouverait cela normal, vu le contexte, que cet ancien environnement de travail fût si anglophone, l’anglais étant la langue de la documentation que nous rédigions. Très souvent, j’allais au travail à contrecœur, souvent troublé que mon projet échouât au Québec, parce que tout le monde autour de moi parlait en anglais tous les jours. De mauvaise grâce, je me demandais : « Que fais-je ? Pourquoi suis-je venu ici ? J’aurais tout aussi bien pu rester aux États-Unis, où j’étais bien à l’aise (ou en Ontario, au Manitoba, au Texas ou n’importe où…). »

À un niveau plus terre-à-terre, c’était bizarre d’entendre tous ces anglophone appeler le pont Champlain the Champlaine Bridge ou l’Île-des-Sœurs Nun’s Island. Je me demande si tout a un deuxième nom au Canada anglais ou aux États-Unis. Les francophones diraient-ils : « nous allons au lac des bois » ? Je suis sûr qu’ils diraient Lake of the Woods dans une phrase en français, même s’il y a aussi des noms propres en français ! De même que Yonge Street à Toronto, au lieu de la rue Yonge. Crisse, quand ils parlent de Mexico, ils disent : Mexico City !

À un niveau plus complexe, du fait que je parlais la même langue que mes collègues anglophones, avec le même accent, et que je possédais toutes les mêmes références culturelles qu’eux, mes collègues canadiens anglophones croyaient que je faisais partie de leur groupe et donc, que j’embrassais leur vision du monde. Ainsi, ils parlaient très librement avec et devant moi au sujet des Québécois, genre : « Anne-Sophie est si conne et elle fait tellement d’erreurs en anglais ! » ou « les Québécois sont racistes ! » ou encore « Pauline Marois est une grosse plotte d’enfer qui devrait mourir… ». Il fut un temps où l’un d’eux avait affiché un énorme drapeau canadien aux murs du bureau. Quand j’ai parlé d’y mettre un drapeau québécois, on a froncé les sourcils et on m’a traité de séparatiste. Quelque chose me dit que tout autre drapeau n’aurait pas créé la même réaction. C’est bien beau un drapeau franco-ontarien, un drapeau catalan, un écossais ou un norvégien. C’est l’expression d’une belle culture et d’une grande identité dont est issu un individu… ou toute autre sottise du même genre.

Un beau jour, une collègue anglophone de parents grecs (elle disait qu’elle était grecque, comme une Grecque en Grèce) m’a quelque peu engagé dans une conversation traitant de sa nullité de la culture populaire québécoise (les personnalités médiatiques/les acteurs/les chanteurs/les écrivains). À vrai dire, elle n’y connaissait rien (mais elle avait entendu parler de Mitsou…). Malgré le trou béant qu’elle possède en ce qui concerne la connaissance de sa ville natale, dans sa tête, elle était une véritable Montréalaise, toute pétrie des clichés usuels et idiots des anglophones, comme de dire que les Québécois sont xénophobes et fermés sur eux-mêmes.

J’avais une autre collègue, une francophone/allophone de seconde génération hongroise vivant à Chomedey, sur l’île Jésus (Laval). Elle incarnait ce qu’appelle les médias une enfant de la loi 101, sans aucune affiliation à la nation québécoise. Comme la plupart desdits enfants, elle avait une vision complètement égalitaire de l’anglais et du français au Québec : utiliser l’une ou l’autre, ça lui était égal ! On prend le parcours le plus facile—après tout, toutes les langues sont pareilles, avec les mêmes capacités d’expression ! Malheureusement, la Chartre de la langue française—la loi 101 (les anglophones l’appelle toujours bill 101, même si un bill n’est qu’un projet de loi, et que la loi 101 a cessé d’être un projet de loi en devenant bel et bien une loi en 1977) n’a pas réussi à créer des néo-québécois francophones. Elle a plutôt créé des Canadiens bilingues vivant au Québec. Des gens capables d’interagir avec leur société d’accueil, au point de connaître les codes sociaux et non-verbaux des Québécois, mais refusant les grandes ambitions de cette société. Ce réflexe de colonisé qui célèbre et applaudit ceux qui méprisent leur société d’accueil (tels que le crétin sans intérêt Sugar Sammy), sans faire attention aux faits, leur donne la confiance du parti dominant par défaut. Ils regardent les Québécois comme conquis et mesquins. Nous commençons à peine à voir les limites d’un système démocratique dans un pays non hétérogène.

Et puis il y a eu Annabella, l’anglophone d’origine italienne, une grande fouineuse fatigante qui organisait ad nauseam des lunchs panini dans le bureau (elle célébrait sa culture !) ou ramassait de l’argent pour telle ou telle réunion sociale de travail, tout en y parlant un franglais chargé d’anglais un quart du temps et les 3 autres quart, en anglais. Elle se déclarait d’expression bilingue et me disait que les Montréalais appellent l’avenue du Parc Park Avenue. Un autre stéréotype montréalais se trouvait chez ce Chinois (qui venait vraiment de Chine), ronronnant toujours d’une voix chantante (en anglais) qu’il était impressionné que je puisse m’exprimer en français. Lui ne le parlait pas, évidemment. Or, voilà un cas de figure bien moins courant que celui du francophone qui passe son temps à s’autoflageller.

Une de mes collègues francophones, qui faisait beaucoup de fautes en anglais à l’oral et à l’écrit, tirait une grande fierté d’être en mesure de s’exprimer en anglais. Elle se considérait comme presque anglophone, car, ayant été une enfant à la santé fragile, elle avait passé beaucoup de temps à l’hôpital pour enfant de Montréal (un hôpital bilingue, c.-à-d. anglophone—au lieu d’être à Sainte-Justine, son homologue francophone et beaucoup plus grand). Dans sa tête, ceci avait fait d’elle une anglophone. Martin était un autre francophone soumis qui me vient particulièrement à l’esprit, lui qui écrasait ses origines francophones à la manière de Trudeau. Je ne sais pas si c’est plus triste ou plus enrageant.

Les angryphones sont de loin les plus comiques. Habituellement, quand on aborde le sujet du Québec ou de la langue française, ils deviennent si hystériques, conditionnés comme les chiens pavloviens, qu’on croirait que les francophones sont en train d’écorcher des chiots ou de torturer des chatons. Lors d’une de ces réunions de motivation d’équipe, quelques mois après les élections de 2012, mon collègue Mitch exultait sur l’ampleur du racisme au Québec qui vote toujours pour ce parti xénophobe (le PQ). Ceci m’a conduit à lui poser des questions sur sa propre intégration au Québec. Il m’a expliqué qu’il venait d’une génération qui ne faisait pas cela (c’est-à-dire : s’intégrer). D’accord, comme tu veux… et tes deux enfants ? Pourquoi ne les envoies-tu pas à l’école francophone pour ensuite leur parler en anglais à la maison ? Comme ça, ils seront mieux intégrés. L’horreur ! Il a dit qu’ils n’apprendraient jamais à lire et à écrire en anglais à l’école française—peu importe que notre collègue d’origine hongroise ait relevé ce grand défi presque insurmontable, ainsi que d’autres nombreuses personnes. De toute façon, il a entendu dire que les écoles francophones étaient inférieures à celles d l’English Montréal School Board.

Il y avait également Jim, banal et convenu, qui pouvait à peine cracher une phrase en français, mais qui dispensait des métaphores de pacotilles en anglais sur le hockey (« mettre la puck dans le filet »). Et c’est sans oublier cette espèce de sauvage de Ben, un genre de Homer Simpson qui voulait que madame Marois « souffre d’une mort atroce et horrible » ; ou encore cette affreuse femme ontarienne, qui vivait à NDG (c’est trop pour les anglophones de dire Notre-Dame-de-Grâce). Elle était tellement agressivement anti-Québec et anti-français! Pourtant, elle était mariée avec un de ces francophones auto-effaçant.

Le palme de tous les commentaires odieux de ce bureau revient à Nathalie. Plutôt dépourvue d’intérêt, cette Ontarienne était mariée à ce qu’elle appelait un « franco-américain » (quoique cela veuille dire—moi aussi, je pourrais passer pour un franco-américain, étant donné que la famille de ma mère vient du Québec et que j’ai grandi aux États-Unis). Elle se prenait très au sérieux, elle vantait même son éducation issue de l’Université Concordia (?) et son expertise dans le travail que nous effectuions là-bas. Quand le sujet de la protection du français en Amérique du Nord s’est présenté, elle a rétorqué d’un ton de sagesse profonde : « pourquoi ne peuvent-ils (les francophones) juste être bilingues ? » Elle avait déterminé qu’ainsi, ils disposeraient du meilleur des deux mondes. Elle n’avait malheureusement rien de sage à ajouter à son propre sujet, à propos, par exemple, de son occasion ratée de profiter du meilleur des deux mondes (elle ne parlait pas français non plus).

J’avais toutefois un faible pour Dorothy, une anglophone de Montréal-Ouest, 20 ans plus âgée que moi, mariée, avec un jeune fils. Nous nous entendions bien depuis le premier jour. Si nous avions travaillé ensemble à l’extérieur du Québec, il n’y aurait jamais eu vraiment de problème entre nous. Mais, lorsqu’il s’agissait de la question du Québec et du français, elle tombait néanmoins dans le même piège que la majorité des anglophones. Je lui reconnais cependant le mérite d’avoir essayé de le parler un peu, avec un gros accent et un vocabulaire risible. Elle envoyait son fils à l’école francophone et engageait une fille du quartier pour des cours de soutien en français le soir. Elle était moins centrée sur elle-même que les autres personnes de son acabit. Son mari du Nouveau-Brunswick était un chic type mais il tombait, lui aussi, dans le vieux cliché anti-francophone, évoquant des histoires à deux sous d’Acadiens qui, selon lui, « n’avaient rien à voir avec nous. » C’est sûrement une grosse exagération car on sait que les Acadiens sont presque tous bilingues (voire complètement anglicisés) et qu’ils ont l’habitude de vivre et de travailler avec des anglophones unilingues depuis 250 ans. Dans le fond, il n’était qu’un anglophone de plus, faisant partie de la culture de masse. Au final, qui a le plus mauvais bilan en ce qui concerne l’hostilité envers l’autre—les Acadiens ou les anglophones ?

Cela dit, je dois ajouter que les anglophones de Montréal ne sont pas fondamentalement mauvais en tant que personnes. Ce sont des gens ordinaires, qui essaient de joindre les deux bouts et de faire leur bonhomme de chemin dans ce monde moderne et trépidant. Pourtant, il est très évident qu’ils vivent dans une bulle. Si l’on exclut le fait qu’ils contribuent à la destruction lente, mais assurée, du Québec francophone (qu’ils en soient conscients ou non), ils ne sont qu’une population très ordinaire, telle qu’on la retrouve partout sur le continent nord-américain. Ils seraient chez eux partout en Amérique du Nord. Et les Québécois dans tout cela ? À part Montréal, quelle autre grande métropole est-t-elle LA métropole francophone d’Amérique ? Les anglophones ont leur culture de masse anglophone partout. Pourquoi se prennent-ils pour des gens exceptionnels et menacés par une nation de 7 millions d’individus quand ils sont plus de 300 millions ? N’est-il pas clair comme de l’eau de roche que ceux qui méritent  protection et soutien, ce sont les institutions francophones ?

De plus, pourquoi ne s’intéressent-ils pas à leur environnement ? Ne se rendent-ils pas compte que Montréal, anglicisée, ne serait qu’une autre ville ordinaire nord-américaine ? S’ils tenaient véritablement à la valeur de la différence montréalaise, pourquoi ne contribuent-ils pas à cette différence, plutôt que de participer indirectement à sa destruction ? Ils râlent indéfiniment sur l’importance de la diversité et de l’acceptation de la différence. Ne voient-ils pas que la nation francophone en Amérique du Nord est une véritable diversité ?


Quiconque n’est pas un anglophone hystérique à Montréal, gueule écumante quand on lui parle en français, pourrait bien voir cela.