mardi 26 septembre 2017

Le conte de deux cités


                           Montréal                    Québec

Les stéréotypes sont nombreux à propos de la ville de Québec. Récemment, le candidat à la mairie et chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, a déclaré avec « élégance » qu’il est contre les rues conviviales, l'aménagement de pistes cyclables et la plantation d'arbres. Un concept, déplorait-il, qui peut mener à la suppression d'espaces de stationnement. « Moi, quand je vais sur la rue Maguire (rue commerciale du quartier Sillery) pour aller manger ou prendre une bière, je ne veux pas plus d'arbres, je veux un stationnement. Je suis pour les arbres, mais pas au détriment du stationnement », avait dit M. Gosselin. Il s’opposera au maire sortant, Régis Labeaume, notamment pour faire valoir le projet de troisième lien entre Québec et Lévis. « Toute grande ville qui se respecte a un grand périphérique. C’est le temps que nous ayons ça », poursuit-il en faisant allusion au troisième lien. Il n’est pas favorable à la SRB (Service rapide par bus), qu’il traite de projet loufoque, trop cher et que les gens ne le prendront pas. Moi non plus, je ne suis pas trop fou du SRB. J'aimerais plutôt avoir un métro ou un tramway, mais bon...

Comme l’expliquent Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Pierre Duhamel, à la page 155 du livre Le code Québec :

[Les gens à Québec] s’implique plus dans leur vie communautaire, s’identifient davantage à leur ville qu’à leur province ou leur pays et adore la politique municipale. C’est simple. Les gens de Québec sont des fonctionnaires qui valorisent la droite et l’entreprise privée. Ce sont des gens fiers qui chérissent les libertés individuelles, mais qui se mobilisent rapidement pour des causes communes. Bref, ce sont des conservateurs qui se rebellent et réclament des changements. Vues de Montréal, ce sont des contradictions difficiles à comprendre. C’est pour cela que plusieurs Montréalais parlent souvent du mystère de Québec.

J'ai également vu récemment une nouvelle émission de télévision intitulée Les Simone. Dans le premier épisode, une femme de Québec, qui avait passé quelque temps à Montréal pour faire un stage, attend son copain venu la chercher pour la ramener à Québec. Tous les clichés habituels s’y trouvent. Le copain n’arrête pas de se plaindre de combien Montréal pue, est bondé et sale, avec des nids de poule partout. C'est tout simplement la merde à Montréal. Or, elle n'était pas si critique et disait que la ville avait ses charmes. L’intrigue les ramène au point de rupture de leur couple quand elle a vu qu’il était sur le point d'acheter une de ces maisons typiques de banlieue, juste en face d’un cimetière. Elle est ensuite retournée à Montréal et s’est mise à faire la fête, ne voulant pas encore se stabiliser dans la vie de banlieue plus conventionnelle du Québec profond.

La dernière fois que j'étais à Montréal, je me suis arrêté dans un restaurant du Plateau. J'ai entamé une conversation avec deux serveurs et le cuisinier. En apprenant que j'habite à Québec, ils m'ont dit avoir entendu que les gens à Québec sont racistes (alors que c’est superbe, ouvert et cosmopolite à Montréal) et se sont félicités de vivre dans la métropole. Mais il faut parfois apporter un peu de contexte et de nuance. Montréal n’est pas et n’était pas le petit paradis bobo qu’on croit. Le livre « Nettoyer Montréal » de Mathieu Lapointe explique :

La génération née pendant la Deuxième Guerre ou dans l’après-guerre a vécu la longue période où Jean Drapeau régnait sans partage à l’hôtel de ville [de Montréal]. Pour elle, celui-ci était devenu l’incarnation d’un pouvoir paternaliste et inébranlable, vaguement mégalomane, insensible aux questions sociales ainsi qu’aux effets pervers d’un développement urbain moderniste axé sur l’automobile et les « grands projets » (Expo 67, Jeux olympiques, etc.).

Ensuite, il y a la controversée radio dite poubelle de la région de Québec. On entend beaucoup de choses à ce sujet, mais qu'est-ce que c'est ? Le terme péjoratif « radio poubelle » se réfère au style/contenu dépourvu de bon contenu, avec un accent mis sur un style pour attirer le plus grand nombre d’auditeurs. L'expression fut notamment employée par plusieurs médias et universitaires montréalais au cours des années 2000 pour désigner le type de radio exercé par certaines stations de la ville de Québec comme CHOI-FM (la fameuse Radio X), Blvd 102.1 ou FM93. Par exemple, les animateurs Jean-François Fillion, André Arthur, Sylvain Bouchard, Jonathan Trudeau et Stéphane Dupont représentent cette tendance pour la ville de Québec. Certaines personnes disent que ces animateurs n'ont rien de bon à dire au sujet du PQ, du Bloc ou de la souveraineté du Québec, avec un fort penchant anti-syndical, anti-féministe et anti-environnementaliste. D'autres disent même que c'est une radio de droite (permettez-moi d’exprimer ma désapprobation sur l’usage du mot « droite », car cette radio est plus de la tradition de libéralisme classique).

Un de ces animateurs, Jean-François Fillion (qui préfère s’appeler « Jeff » ; j’imagine qu’il est de l’acabit qui croit que tout est meilleur en anglais) a été la cible de nombreuses controverses, comme en 2007 quand Patrice Demers (propriétaire de CHOI-FM) et Fillion étaient condamnés à payer 593 000 $ à l'Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), Solange Drouin, Lyette Bouchard et Jacques K. Primeau. M. Fillion a questionné la crédibilité de l'ADISQ, le copinage dans l'industrie de la musique et accusé l'ADISQ d'être une mafia où c'est toujours un même petit groupe d'amis qui se retrouve à sa tête. Il était  particulièrement dur à l'endroit de Solange Drouin qu'il traite entre autres de « vache » et de « plotte ».

En ce qui concerne la langue française et le nationalisme, les stations semblent assez fédéralistes et anglophiles, même si elles diffusent leur contenu en français vers un public exclusivement francophone. Cela dit, ne serait-il pas intéressant pour eux d’au moins promouvoir la langue française au lieu de toujours avoir un crotte sur le cœur ? Quelles seraient leurs carrières sans le français ? Quelque chose me dit que M. Fillion pense que tout ce que font les anglophones est supérieur. Que ce soit vrai ou non, il diffuse toujours cette idée-là et ses auditeurs y croient. Il traite le Québec de province horrible. Il prétend que tout ira mieux si seulement on était comme les Américains. J'ai également lu que M. Demers reprochait également à Gilles Parent de ne pas être un « vrai X » (les « X » étant le surnom des auditeurs et artisans de CHOI-FM) puisqu'il ne s'intéressait pas suffisamment à la musique rock (j'imagine que cela signifie le pop-rock anglophone des États-Unis). Ça montre bien où sont leurs valeurs.

Récemment, j'ai entendu l’animateur à Radio X, Jonathan Trudeau, dire sur les ondes que « si la langue française est en déclin, c’est la faute des francophones eux-mêmes, alors cessez de chialer contre les anglophones et les allophones ». Bien qu'il puisse y avoir une certaine vérité, ce n'est pas si simple. Regardez le genre de commentaires que laissent leurs auditeurs sur les réseaux sociaux. Ils écrivent que telle ou telle chose est « pathétique » ou qu'ils veulent « supporter » quelqu’un. Monsieur/Madame tout le monde ne cherchera pas très souvent les mots qu’ils utilisent dans un dictionnaire pour s'assurer de son bon usage. Traiter quelque chose de « pathétique » en français signifie qu’on est ému émotionnellement. En disant que vous supportez quelqu'un, c’est-à-dire vous le tolérez à peine, et non que vous souhaitez offrir votre soutien. Le public tue à petit feu sa propre langue et c’est en raison de l'exposition constante à l'anglais, conjuguée à de mauvaises attitudes d'anglophilie comme celles de Jonathan Trudeau. Les animateurs de la radio ainsi que le public sont incapables de constater que le fait d’être toujours entouré de l'anglais a un effet néfaste sur notre langue française. La manière de penser de Messieurs Fillion et Trudeau les empêche-t-elle de voir cette réalité flagrante ?

À bien des égards, ces animateurs ne font que manipuler les désirs primaires de leurs auditeurs. Transformer tout en spectacle ou en comédie, se moquer des gens, s’attaquer à la personne et non à ses idées, et j’en passe. Cette tactique est aussi vieille que la roue. Offrez-leur du pain et des jeux, de la simplification exagérée des sujets complexes pour que tout le monde comprenne, sans oublier de les rendre drôles pour que l’auditeur ne change pas de poste. Évidemment, ce n’est pas tout le monde à la radio dite poubelle qui se comporte ainsi, mais beaucoup si. Voilà pourquoi ils ont leurs réputations (et leur public).

La soi-disant radio poubelle de Québec, est-ce vraiment un enjeu aussi important? Je l'écoute parfois et je pense qu'il y a du bon et du mauvais. Ça me plaît quand ils grillent les politiciens et ne semblent pas avoir peur d'appeler un chat un chat. Leur style ressemble à un citoyen moyen qui se plaint de n’importe quoi en prenant quelques bières — ce qui est assez drôle. Le côté négatif se manifeste par leur anglophilie crasse (au détriment du français), leur manière de parler si souvent de la supériorité des voitures et des autoroutes et de leur aversion pour les transports en commun, qu’ils affirment que « personne n’en veut ». Nous avons besoin de plus d'autoroutes, car tout le monde a une voiture apparemment et les voitures, c’est la liberté.

Cependant, ils étaient presque unanimes pour le financement public de l'amphithéâtre (Centre Vidéotron), qui était un projet assez coûteux pour peut-être, un jour, attirer une équipe de hockey professionnelle à Québec. Est-ce que cela touche à la soi-disant rivalité entre Québec et Montréal ? Est-ce une façon d’expliquer pourquoi Québec veut tant une équipe de hockey, comme une façon de dire : « nous aussi, nous y participons ! » Je suis sûr qu'il y a beaucoup de gens attachés à leurs voitures à Montréal, et je ne suis moi-même pas anti-automobile. Mais j'aimerais également que les choses dans la ville soient raisonnablement accessibles avec les transports en commun. Pourquoi les gens ont-ils besoin d'une voiture pour aller au travail, aller au parc ou aller faire son épicerie ?

À la page 152-53 du livre Le code Québec :

Le 19 octobre 2015, le Parti conservateur remportait 10 des 12 circonscriptions de la région de Québec et 10 des 12 circonscriptions qu’il gagnait au Québec lors des élections fédérales. C’était la plus récente manifestation de ce que certains commentateurs, chercheurs et politiciens appellent le « mystère Québec », un phénomène nommé ainsi par les Montréalais pour montrer leur incompréhension devant la propension des citoyens de la vieille capitale à se comporter différemment de ceux du reste du Québec sur bien des aspects, à élire des députés plus campés à de droite sur l’échiquier politique et à moins favoriser la souveraineté que les francophones des autres régions. Pour d’autres, ce sont les Montréalais qui se distinguent du reste des Québécois. De tout temps, les immigrants ont choisi Montréal pour s’établir au Québec. La ville compte 87% des 974 900 personnes nées à l’étranger qui vivaient au Québec lors du recensement de 2011. Ce qui représente 23% de la population totale de la métropole.

De plus, la grande majorité de la population anglophone du Québec vit sur l’île de Montréal. Cela donne à la région métropolitaine un cachet, une spécificité distincte des autres régions du Québec qui sont, elles, plus homogènes démographiquement et culturellement.  La population de l’ensemble du Québec reconnaît trois grands avantages à la région de Québec : la beauté de la ville, la proximité avec la nature et le fait que cette ville est majoritairement francophone. À l’inverse, on reconnaît à Montréal son système de transport, les activités culturelles et l’accès à tous les services. La relation avec Québec est plus émotive, alors que celle avec Montréal est plus rationnelle.

Bien que Québec ait également voté « bleu » dans le passé, pourquoi les gens votent-ils généralement davantage à la « droite » (sauf au centre-ville, la circonscription de Taschereau) ? Je ne pense pas que le blâme puisse être placé dans le camp de la radio dite poubelle, au moins pas autant qu’on dit. Pourquoi existe-t-il une prétendue hostilité pour le transport en commun, mais une ouverture un peu exagérée aux voitures individuelles (et par conséquent les autoroutes nécessaires pour celles-ci) ? Pourquoi semblent-ils admirer les anglophones et parler de la façon dont des choses comme la loi 101 empêchent la croissance économique ou qu'une population anglophone en croissance ne pose aucun problème, car c’est la faute des francophones si le français est en déclin ? La radio de Québec fournit souvent une version fast-food de l'histoire, tandis que d'autres médias ont tendance à fournir une version fragmentée, ce qui rend presque impossible d'avoir une image claire de ce qui se passe dans notre société.

Alors, qu'est-ce qui se passe ? Après un peu de lecture, alors que rien de ce que j'ai observé n’explique les différences entre les deux villes, j'ai trouvé un peu de matière à réflexion. J'ai lu à propos de la réforme de l'éducation des années 1960, généralement raccourcie à la Commission Parent, qui a été une enquête sur la situation de l’éducation au Québec, avec le rapport Parent, responsable de la création du Ministère de l'Éducation du Québec, de la scolarité obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans et de la création de CÉGEP pour remplacer les établissements de pédagogie classique et catholique.

L’esprit du rapport Parent doit se comprendre à la lumière du débat sur les causes de l’infériorité économique des Canadiens français. La commission d’enquête Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme au Canada (1963-1969) avait statistiquement démontré que les Canadiens français formaient l’un des groupes ethniques les plus pauvres au pays, suivis seulement par les Italiens nouvellement arrivés et les Amérindiens. D’ici, deux écoles historiographiques s’affrontaient pour expliquer ce phénomène — l’école de Montréal et l’école de Québec.

Pour le groupe des personnes qui préfèrent les résumés aux interminables rapports, voici un graphique rapide illustrant les principales différences entre les deux écoles de pensée :


Selon le livre « L’histoire nationale à l’école québécoise », à la page 338, l’école de Québec est une école historique de l'Université Laval, dirigée par Marcel Trudel, Jean Hamelin et Fernand Ouellet. En résumé, les historiens de l’Université Laval perçoivent la conquête britannique comme un moment parmi d’autres de l’histoire de la nation canadienne-française. De ce point de vue, la conquête aurait aussi eu des conséquences bénéfiques, particulièrement au niveau économique. Ils avaient l’idée qu’il vaut mieux avoir de bonnes relations avec le ROC et ne pas faire de vagues. En conséquence, l’école de Québec est souvent qualifiée de « bonne-entente ». Elle reprochait aux collèges classiques de ne pas inculquer « l’esprit pratique », qui faisait, d’après elle, la force des Anglo-saxons dans la « struggle for life » sur le plan économique. Notons que le concept darwinien de « struggle for life », propre à la philosophie naturaliste américaine, était le leitmotiv de tous les Canadiens français qui critiquaient la pédagogie catholique, et plus particulièrement les humanités classiques. En accord avec la vision pragmatique de l’éducation, l’école de Québec est libérale et on devrait faire un effort pour s’entendre avec les anglophones (ROC), car ils sont gentils avec nous et savent faire de l’argent.

Ainsi, du point de vue de l'école de Québec, nous devrions être plus comme les Britanniques et les protestants, mais encore demeurer catholiques et francophones ? Y a-t-il quelque chose qui m’échappe ? Cela aide-t-il à expliquer l'attitude favorable des voitures et des autoroutes pour être plus comme le stéréotype américain ?

En revanche, l'École de Montréal, établie à l'Université de Montréal, dirigée par les historiens Michel Brunet, Guy Frégault et Maurice Séguin, a été inspirée par Lionel Groulx. Elle insiste sur les effets de la Conquête britannique pour expliquer la thèse du recul des Canadiens français. À l'opposé de cette école de pensée, les historiens de l'école de Québec croient que ce recul des Canadiens français est principalement dû au cléricalisme et que l'arrivée des Britanniques au Québec a été bénéfique à tous les niveaux, en particulier sur le plan économique. Cette interprétation mène à une vision sans doute plus nationaliste de l’histoire du Québec. Elle présente la Conquête de 1760 comme une défaite militaire fondamentale ayant entravé toute la suite de l’histoire du Québec par ses conséquences politiques, sociales et économiques. Seule l’indépendance du Québec pourrait pallier éventuellement cet état de fait, si tant est qu’elle soit possible (compte tenu des politiques d'immigration de masse que nous avons aujourd'hui). La fondation du Parti québécois en 1968 et la montée du mouvement indépendantiste québécois au cours des décennies suivantes sont directement liées à l'école de pensée de l'école de Montréal.

Ensuite, il y a Rémi Guertin, qui a écrit une thèse de doctorat sur la structure de la ville de Québec dans lequel il consacre un chapitre complet sur le mystère Québec. Il estime que la ville de Québec, issue des régions, s’achèterait les signes d’une urbanité (un nouvel amphithéâtre, le projet immobilier le Phare, un aéroport neuf, un centre des Congrès) dans un effort pour oublier sa situation et pour se prouver qu’elle n’est pas une ville des fonctionnaires. D’ailleurs, c’est cette amertume qui causerait des mouvements comme les radios parlées et des concepts comme « J’ai ma place ». La frustration de toujours traîner derrière Montréal et la réalité d'être une « ville régionale » malgré son statut de Capitale-Nationale pourrait expliquer le mystère de la ville de Québec.

Une autre phrase du livre Le code Québec se déroulait ainsi : « les gens de Québec sont des gens fiers. Ils sont fiers de leur appartenance et fiers de leur réussite. Ils exigent le respect de leur différence. Ils sont la Capitale-Nationale, le centre du Québec, le cœur de la nation ».

Généralement, j'ai trouvé Le code Québec rassurant, comme une bonne tape dans le dos, pleine de compliments. Moi, j'aime vivre à Québec, mais je trouve que les gens d’ici, et plus précisément ceux de ses banlieues, vivent un désamour par rapport à leur langue, leur culture, leur histoire et leur identité francophone. Ils refusent d’assumer le rôle que la capitale du Québec doit jouer. Ils ignorent qu'à Montréal le français diminue à vue d'œil et par conséquent nient qu'ils sont aussi touchés.

Bien que je ne puisse toujours pas expliquer l'origine des différences entre les deux villes, je pense que le Rapport Parent a eu des choses intéressantes à dire sur les différences, sans expliquer les origines. Il me semble parfaitement évident que, sans indépendance, nous allons simplement disparaître. La question fondamentale est celle-ci : les gens de la Ville de Québec préfèrent-ils une petite capitale provinciale ou une capitale d’un pays avec tout ce que cela apporterait ? Le véritable contrôle de nos ressources et de notre économie, les ambassades et tout le tra-la-la. Peut-être que nous pourrions garder nos chars et aussi avoir de meilleurs transports publics !

jeudi 27 juillet 2017

La bible des justiciers sociaux, dits SJW

« English version here »
Je suis bien conscient de la présence médiatique croissante d'une certaine partie de la population qui s'identifie à la gauche politique et qu’on appelle péjorativement les guerriers de la justice sociale (SJW). Même mon petit blogue me met en contact direct avec ces gens qui, se croyant plutôt justes, pensent qu'il y a énormément d'injustices à corriger, qu'elles soient visibles ou invisibles. Ne se contentant pas de l'idée d'égalité, ils veulent faire bénéficier tous les groupes soi-disant opprimés de faveurs et de privilèges.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de l'activiste Saul Alinsky, un organisateur communautaire américain, qu’on considère généralement comme le fondateur de l'organisation communautaire moderne. Le genre de comportement propre aux SJW, et qui se répand actuellement dans le cyberespace, n'est en fait pas nouveau du tout. Ce comportement est directement inspiré du livre d’Alinsky, intitulé « Rules for Radicals » de 1971, connu en français sous les titres : « Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes » et « Manuel de l'animateur social ». Dans ce livre, Alinsky fait la compilation des leçons tirées durant ses années passées dans le secteur communautaire afin de les enseigner à la nouvelle génération de radicaux.

Ceux qui sont maintenant appelés les SJW se disent préoccupés les enjeux de justice sociale. Or, à l’examen, on constate qu’ils sont davantage préoccupés par leur propre réputation, que par le sort de ceux qu’ils prétendent pourtant défendre. Désireux d'être considérés comme vertueux et purs, ils créent des slogans et de petites phrases accrocheuses pour attirer l’attention plutôt que de travailler à mettre en place concrètement les changements sociaux qu’ils prétendent souhaiter. Ils instrumentalisent souvent des événements historiques, pris hors contexte, pour appuyer leurs idées préconçues. Cette chronique en est un bon exemple, fournissant une interprétation erronée et parfois trompeuse de l'histoire de l'esclavage au Québec.

Les SJW recourrent à l'intimidation et à la violence verbale. C’est là une de leurs principales caractéristiques. Bien qu'ils agressent des gens et en injurient d’autres, ils jouent en même temps à la victime et pleurent des larmes de crocodile. Leur mot préféré figure invariablement dans cette courte liste : intolérance, discrimination, sexisme, racisme, homophobie, antisémitisme ou islamophobie. Ils se rencontrent généralement sur internet, car il est plus facile de publier des commentaires injurieux et outrageants sur les médias sociaux que d’agir dans le monde réel.

Dans le livre « Être radical : manuel pragmatique pour radicaux réalistes », Alinsky encourage ses disciples à identifier un « antagoniste externe » et à le transformer en « ennemi commun » de la communauté. Un politicien ou une organisation locale font généralement l’affaire. Une fois l'ennemi ciblé, les masses qui forment la communauté sont appelées à s'unir contre lui. Pour triompher de l’ennemi, on recourt généralement à la calomnie et à la diffamation. Peu importe si les accusations sont vraies ou non, ce qui compte, c'est que la représentation calomnieuse de l'ennemi demeure dans l'esprit des masses.

Alinsky encourage la protestation et les manifestations violentes. L’auteur affirme que ses stratégies ont permis à son organisation d'atteindre ses objectifs beaucoup plus rapidement qu’en ayant recours aux méthodes bureaucratiques régulières. Peut-être que ce genre de weltanschauungs ne serait pas si dangereux si les individus qui partagent cette vision du monde étaient au moins assez ouverts pour tolérer ceux qui ne partagent pas leur point de vue. Mais la radicalité de « l’extrême gauche » contemporaine a transformé la justice sociale en une idéologie totalitaire. Soit vous êtes avec eux, soit vous êtes un skinhead raciste et violent.

Voici quelques règles développées par Saul Alinsky à l’intention des radicaux :
  1. Le ridicule est l'arme la plus puissante dont l'homme dispose. II est pratiquement impossible de riposter au ridicule. Il a également le don de rendre l'opposition furieuse, et ce genre de réaction ne peut que vous être bénéfique.
  2. Une tactique n'est bonne que si vos gens ont du plaisir à l'appliquer. S'ils ne sont pas emballés, c'est que la tactique n'est pas au point. À l’inverse, vos militants continueront d’utiliser une bonne tactique sans avoir besoin d'être encouragés ou motivés. Ils feront tout leur possible et proposeront même de nouvelles tactiques, car le jeu les amusera. Un bon exemple de cela est le regroupement des activistes via les médias sociaux afin de diffamer et de ruiner la réputation (personnelle ou professionnelle) de la personne ciblée, comme dans la célèbre affaire R v Elliott sur Twitter.
  3. En poussant suffisamment loin quelque chose de négatif, on en fait finalement un atout. Cette affirmation s'appuie sur le principe que toute chose négative comporte une contrepartie positive. Prenons par exemple la violence, qui est généralement condamnée. Cela peut susciter la sympathie du public parce que le public a tendance à sympathiser avec celui qui est « défavorisé ». Récemment, quelqu'un sur Facebook m'a dit qu'il serait en faveur de la peine de mort si cela permettait de se débarrasser de certains « groupes racistes ». La gauche a beau avoir toujours été opposée à la peine de mort, voilà maintenant que certains l’endossent, si cela leur permet de se débarrasser de leurs ennemis. En d’autres mots, la gauche se cannibalise (de l'intérieur).
  4. Ne sortez jamais du champ d'expérience de vos gens. Quand une action ou une tactique est complètement étrangère à l’expérience de vos militants, vous courrez le risque de susciter chez eux confusion, crainte et fuite. Cela signifie aussi que la communication a échoué. C'est pourquoi les SJW ne parlent que de ce qui est immédiat, ici et maintenant. Ils n'analysent jamais l'histoire des idées ou le fondement logique de leur vision du monde, car cela nécessiterait qu’ils effectuent recherches qui vont au-delà de leur expertise. Ils risqueraient ainsi de se tromper et de se couvrir de ridicule.
  5. Il faut choisir sa cible, la figer, la personnaliser et polariser sur elle au maximum. Couper le réseau de soutien et priver l'ennemi de toute sympathie. Attaquez les gens et non les institutions. On blesse les gens plus que les institutions. Rappelez-vous quand Richard Lafferty a comparé Lucien Bouchard et Jacques Parizeau à Hitler? Ou bien comment Québec solidaire a dénigré le Parti Québécois en critiquant la défunte Charte des valeurs, comme s'il s'agissait d'un projet en cours. Les membres de QS les plus radicaux ont caricaturé ce vieux projet politique afin de diaboliser tous les membres actuels du PQ (alors qu’ils ne critiquent jamais le gouvernement fédéral).
Les gens bien ne peuvent pas utiliser les tactiques d'Alinsky parce qu’ils sont trop polis, respectueux de la loi et honnêtes intellectuellement. Ils ont du mal à s’abaisser au niveau de dépravation morale des SJW pour contester efficacement la menace croissante qu’ils représentent. Les SJW intimident les gens, tentent de soumettre ceux qui résistent et censurent la liberté d'expression des autres. Que cela pousse leur cible à perdre leur emploi ou se suicider a peu d’importance à leurs yeux. Ils se livrent à la violence et à la destruction matérielle, tout en banalisant les conséquences de leurs gestes. Les illusions dont ils se bercent sont terribles. Ils croient honnêtement qu'ils sont tolérants, ouverts d'esprit et qu’ils travaillent pour le bien de la société dans son ensemble.

En somme, ces idéologues promeuvent une vision du monde fondée uniquement sur leurs émotions et leur expérience subjective. La réalité et la vie des autres n'ont pas d'importance. La fin justifie les moyens, et ce, peu importe s’ils laissent derrière eux de nombreuses vies détruites.

dimanche 16 avril 2017

Québec solidaire et la gauche régressive


Nos conceptions actuelles de l’égalitarisme sont issues des présupposés philosophiques des Lumières. Du nominalisme médiéval vient la tradition moderne déclarant que les objets du monde ne possèdent pas des « natures », mais on leur attribue des catégories métaphysiques et des « essences » par un cadre conceptuel humain. Donc, la nature humaine est une table rase. Une grande partie de la modernité repose sur la fausse idée selon laquelle la source des maux de l'humanité se situe dans les différences: la race, la religion, le langage, le genre, etc. Si celles-ci peuvent être effacées par un mythe révolutionnaire qui attribue toute responsabilité à la lutte des classes, à la hiérarchie, à la lutte des genres, etc., alors l'évangile humaniste peut finalement créer un genre d’utopie.

Se peut-il que certains gauchistes se rendent compte que les humains veulent des leaders et ne fonctionnent pas toujours comme des unités atomiques rationnelles ? Toujours, les gens ordinaires s'accrochent désespérément aux clichés. Les abolir exige des gens qu'ils fassent leur propre recherche, réfléchissent par eux-mêmes et prennent leurs propres décisions. Peut-on vraiment s'attendre à ce genre de comportement élitiste des gens ordinaires ? En tout cas, j’ai récemment regardé une vidéoconférence, en anglais, organisée par Québec solidaire : « Defeating the Liberals, what role for the anglophone left » et je me demande justement quel rôle a à jouer cette gauche ? Après avoir brièvement flirté avec QS en 2007-2008, je comprends assez bien leur vision du monde. Ce flirt, cependant, n'a pas duré longtemps. Maintenant, j'ai tendance à voir la gauche se mener vers une mort très douce postmoderniste, trempée dans le nihilisme. Or, peut-être que Québec solidaire peut se racheter par une convergence avec le Parti québécois ?



La conférence commence par donner la ligne habituelle sur la façon dont les anglophones utilisent des mots comme « dépanneur » et « terrasse »; nous ne devrions donc pas nous inquiéter si les francophones parlent en franglais, ce qui signifie que le français n'est en aucun cas menacé, car les anglophones utilisent quelques gallicismes de temps en temps. La première intervenante a dit que nous vivions dans un « carrefour de la culture » pluraliste, passionnant, ainsi que d'autres déclarations de type phrase fourre-tout vide et inepte.

À la suite d’une brève introduction du premier intervenant (12:50), la deuxième oratrice a proclamé que si l'on est « progressiste », c’est fondamental de reconnaître le droit des peuples à l'autodétermination (je ne peux que deviner qu'elle se réfère spécifiquement aux nations autochtones). Selon l’intervenante n° 2, alors que la plupart des progressistes reconnaissent le droit à l’autodétermination, ils ne soutiennent pas l'autodétermination et la souveraineté du Québec.

Elle dit que tous les peuples ont le droit de « se gouverner de manière traditionnelle ... » Très bien. Mais je me demande : qu'est-ce que «traditionnel» signifie pour un parti de gauche ? Quels sont les groupes nationaux qui ont le sceau d'approbation de Québec solidaire pour se gouverner de manière traditionnelle ? Confronteraient-elles une société québécoise catholique traditionnelle ? D'après ce que j'ai vu et entendu là-dessus, de tels groupes catholiques obtiennent généralement l’étiquette « extrême droite » et le public est porté à croire que ces groupes sont composés de skinheads radicaux et violents.

À 13:30, elle dit que nous voulons nous assurer principalement que les femmes québécoises sont au travail. Pourquoi principalement les femmes? De plus, en soutenant le droit pour les sociétés traditionnelles à l’autodétermination, je ne peux m'empêcher de me demander comment elles réagiraient si une telle société traditionnelle décidait que les femmes ne devraient pas travailler, mais plutôt rester à la maison pour élever leur famille. L'oratrice suggère-t-elle que nous devrions soutenir le choix de ce groupe alléguant que les femmes ne font pas partie de la main-d'œuvre, et ce, au nom de l'autodétermination ?

À 18:15, on précise que Québec solidaire finit souvent par se défendre dans un cadre de souveraineté de droite. Il semble que les gens ne connaissent pas leur histoire, car si c’était le cas, on saurait que la souveraineté québécoise, telle qu'on la connaît aujourd'hui, a été un mouvement à prédominance de gauche depuis la Révolution tranquille, suite à la mort de Maurice Duplessis. Très récemment, les Libéraux ont commencé à l'encadrer comme une supposée vision du monde à l'extrême droite—dans le style de partis politiques européens comme le Front national ou le Sverigedemokraterna. Ils savent que de telles programmations neurolinguistiques permettent aux gens d'amalgamer l'autodétermination et la souveraineté du Québec au nazisme, à la xénophobie et au meurtre de masse, et que de telles assertions nuisent au mouvement de souveraineté dans son ensemble (et participent à maintenir les libéraux du Québec au pouvoir).

Bien sûr, elle a abordé le sujet de la prétendue augmentation des nationalistes ethniques de droite au Québec comme l'une des crises les plus urgentes auxquelles notre société est confrontée — dramatisée avec quelques histoires anecdotiques concernant l'un des supposés groupes de droite portant des bannières avec des symboles de l'ère nazie, dans son quartier, à Québec. A-t-elle pris une photo du prétendu signe de l'ère nazie? Parce qu'après avoir posé des questions, on m'a dit que c'était un mensonge nu. Sérieusement, pensez-y. Il serait trop drôle et stupide pour ces groupes d'afficher des symboles nazis sur leurs bannières; ce serait le suicide social et politique. Croit-on vraiment que ces gens ont le luxe de faire quelque chose de si socialement mal vu, pour ensuite ne s'attendre à aucune atteinte à leur réputation professionnelle et à leur capacité à gagner leur vie ? Les individus composant ces groupes « à l'extrême droite » n’ont-ils pas aussi des vies, des familles, des hypothèques et des voitures à payer ? Il me semble que certains « militants » commencent avec une certaine croyance, puis cherchent à confirmer leur partialité au lieu de traiter les faits tels qu'ils sont présentés. Ensuite, quand ils ne trouvent plus rien à l'appui de leur croyance, ils exagèrent ou inventent quelque chose : « je vous l'ai dit ! La ville de Québec est infestée de skinheads. » Quoi dire à ça ?

Curieusement, elle a aussi dit que le groupe susmentionné distribuait des brochures appelant à un boycottage contre des sociétés multinationales comme Starbucks et à soutenir nos entreprises locales. N'est-ce pas une bonne chose ? Est-ce pourquoi on appelle de plus en plus ces personnes la « gauche régressive » ? Maintenant, elles défendent les multinationales au détriment de petites entreprises familiales.

À 19:00, la deuxième oratrice a clôturé avec d'autres propos discutables : « … [à Québec solidaire], nous proposerons les meilleurs arguments et stratégies pour éteindre [les gens haineux de toutes les manières possibles] ». J'aimerais savoir comment elle définit les « gens haineux », la « haine », et ce qu'elle entend par « éteindre ». On dirait que c’est éteindre, par la diffamation, ceux qui ne sont pas d'accord avec eux. Qu'en est-il de la défense de la liberté d'expression ? Cela signifie aussi défendre le discours qui va à l'encontre de son idéologie. Peut-être devraient-ils trouver de meilleurs arguments au lieu « d’éteindre » les gens avec d'autres opinions ?

Le troisième orateur n'avait pas grand-chose à dire, en dehors de relater, à 23:00, qu'il est un progressiste, mais pas séparatiste. Alors, est-ce que l’oratrice précédente l’aime encore ? Après tout, elle vient de dire que le fait d’être progressiste signifie le soutien de l'autodétermination/souveraineté d'une nation.

Vers 31:30, la quatrième oratrice a commencé par déclarer que « le problème » (je suppose qu’elle voulait parler de la division anglo-franco) ne concerne pas la langue, mais la lutte des « classes [sociales] ». Je dois dire que je me pose de sérieuses questions. Montréal s’anglicise de plus en plus. De nombreux nouveaux arrivants ne connaissent pas le français et/ou n’ont pas besoin de l'apprendre. Le gouvernement libéral ne fait presque rien pour la protection et la promotion de la langue française. Comment peut-elle simplement écarter ce que la première oratrice a déclaré dans son introduction concernant la diversité linguistique qui fait de Montréal « l'une des capitales culturelles du monde » ? Le français est au centre de ce débat, un enjeu pour lequel QS a toujours été mou et tiède. Il s'agit d'un faux-fuyant typique chez les anglophones pour détourner l'attention du problème très réel de l'anglicisation de Montréal et couper les cheveux en quatre sur le vieux charabia marxiste fatigué à propos de la lutte des classes sociales. Ils ne seraient même pas là en train de discuter de tout cela si le Québec n'était qu'une autre province anglophone ou un État américain.

Vers 34:00, elle soulève de l’information douteuse, similaire à celle qu’a déclarée l’oratrice n ° 2 : que le soutien du mouvement souverainiste a été, pour la plupart des organisations nationales et racistes, de l’extrême droite. Encore une fois, quiconque possédant certaines notions d'histoire québécoise saurait que le mouvement souverainiste post-Révolution tranquille était principalement de gauche. Comment peuvent-ils continuer à affirmer de telles mystifications ? Et qu'en est-il de Québec solidaire? Ne font-ils pas partie du mouvement souverainiste ? Est-ce pour dire qu'ils sont de droite, eux aussi ?

Cette oratrice affirme également qu'elle pense que Québec solidaire possède le programme le plus intéressant au Québec, mais elle ne donne aucun exemple de la supériorité de son programme. Et elle se penche sur la raison pour laquelle Québec solidaire n'obtient pas le vote des immigrants et des autochtones. Ben là, c'est facile ! Parce que les personnes tombant dans ces catégories votent majoritairement pour les libéraux. C'est pourquoi QS a besoin d'une convergence avec le PQ. Il n'y a pas d'autre moyen de le faire. La majorité des immigrants et des autochtones ne vivent pas dans le Mile-End ou sur Le Plateau-Mont-Royal. Ils ne voient pas les choses à travers le même prisme que QS. De plus, à 35:30, elle dit que Québec solidaire est trop « pale, male and stale (and francophone) » (pâle, masculin, vieux et francophone). Apparemment, les hommes blancs, francophones (et plus âgés) ne sont pas les bienvenus.

À 36:00, tout en abordant vaguement une éventuelle convergence PQ-QS et en diabolisant le Parti québécois (qu'elle appelle, de mauvaise foi, le Parti Québecor), elle demande : « pourquoi allions-nous nous associer à un parti qui ne questionne pas la structure politique économique ou démocratique qui est justement notre problème ? » Encore une fois, elle parle de la lutte des classes et soutient que la souveraineté n'est pas une base assez solide sur laquelle le PQ et QS peuvent s'allier. Quand les militants de QS se rendront-ils compte que rien ne peut se faire sans la souveraineté ? Aucune de leurs idées grandioses ne peut advenir sans l'autodétermination qu'ils prétendent soutenir. Même Gabriel Nadeau-Dubois (candidat du co-porte-parole masculin de Québec solidaire) l’a reconnu dans son discours de lancement de campagne.

En ce qui concerne les « nouveaux anglophones » de Montréal, elle réduit les Indiens et les Pakistanais à des misérables qui essaient désespérément de gagner leur vie, ce qui implique que de s'attendre à ce qu’ils apprennent le français est cruel et sans cœur. Veut-elle dire que ces personnes n'ont absolument aucune responsabilité sociale/linguistique envers la société qui les accueille ? En les comparant à l'oppresseur historique anglophone de Westmount, elle les place dans une position de non-agression. Je sais que la gauche aime voir tout dans les binaires : oppresseur contre opprimé, homme contre femme, la bourgeoisie contre le prolétariat. Cependant, la vie n'est pas aussi simple que la dialectique oppresseur/opprimé. Bien que les sud-asiatiques (anglophones) dont elle parle ne soient pas les anglophones historiques riches et blancs, l'idéologie derrière le multiculturalisme les instrumentalise en sa faveur. Donc, dans cette vision du monde binaire, alors qu'ils ne sont pas des oppresseurs directs, ce sont des outils de cette oppression contre la langue française, car le résultat final, c’est une anglicisation accrue de Montréal, plus de tension entre les différents groupes ethniques et plus de division politique entre l’anglophone et le francophone.

Vers 40:00, elle réitère également le vieil adage selon lequel « les Italiens ont été refusés d'entrée dans les écoles françaises », ne semblant pas être au courant de la crise de Saint-Léonard qui a largement contribué à la situation linguistique derrière la loi 101. Je sais que, il était une fois, certains Italiens se sont sentis rejetés dans les écoles catholiques de langue française, mais comment peut-on croire cette histoire caricaturiste des méchantes religieuses françaises qui étaient si cruelles envers les pauvres Italiens, les conduisant dans les gentils bras ouverts des écoles de langue anglaise ? Sur quoi base-t-elle cette perception ? Quelques histoires anecdotiques ? Quoi qu'il en soit, j'ai déjà abordé ce sujet dans mon texte « Anglophones qui se prennent pour des allophones ».

Une dernière chose incongrue. Elle a dit que la langue parlée par quelqu'un ne définit pas ses points de vue politiques. N’a-t-elle jamais vu une carte électorale ? Les circonscriptions où la langue anglaise est parlée plus couramment sont toujours, sans exception, libérales.

Vers la fin, à 45:00, Amir Khadir a déclaré que les militants de Québec solidaire étaient trop paresseux de ne pas faire plus pour atteindre les anglophones, ce qui est vrai. Il se demande pourquoi le message de Québec solidaire, si inclusif, si bon, si juste, n'a pas atteint les masses qu'ils attendaient dans leurs débuts en 2006. Eh bien, probablement parce que Québec solidaire refuse de coopérer avec d'autres partis qui devraient être leurs alliés souverainistes. En revenant sur le sujet de la vidéo, quel est le rôle (anglophone) gauchiste dans la lutte contre les libéraux en 2018 ? Pour moi, il est clair que le rôle de Québec solidaire dans la lutte contre les libéraux, c’est de cesser de se quereller et de procéder à la convergence avec le PQ.



Mise au point : 
Les membres de Québec solidaire rejettent la convergence avec le PQ.

vendredi 10 juin 2016

Anglophones qui se prennent pour des allophones



Dernièrement, je pense à toutes les choses problématiques qui se passent au Québec et je me dis : peut-être que c’est juste trop étroit d’esprit de ta part de t’en prendre aux allophones ? Puis, j’en croise deux ou trois tout au long de la journée et, malgré moi, ça me rappelle à quel point cette situation est sotte et je suis porté à vouloir ajouter mon grain de sel.

Depuis mon arrivée à Montréal en 2009, une « espèce » m’entoure et elle semble n’exister qu’au Québec : l’allophone ! Si vous n’êtes pas du Québec, vous vous demanderez peut-être ce que diable est un allophone ? Courte réponse : un allophone est une personne au Québec qui n’a ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.

Je n’ai jamais trop aimé ce terme, très politiquement correct, « allophone ». Je comprends qu’il nous faut un mot pour parler de cette espèce qui ne semble exister qu’ici, mais je trouve que ce terme ne fait pas grand-chose sauf fausser les statistiques linguistiques de la ville de Montréal. Mais je suppose qu’il faut dire quelque chose pour contenter certains enfants d’immigrés, comme  les anglophones d’origine italienne/grecque de la troisième génération, prétendant être allophone. Cette comédie a tendance à dévoiler son vrai visage, d’ailleurs décevant, quand on leur demande pourquoi leurs connaissances du Québec sont si pitoyables quand ils ont physiquement vécu toute leur vie ici.

D’ailleurs, certains groupes considérés « allophones » sont pratiquement francophones. Pensez aux gens du Maghreb, d’Haïti, même du Viêtnam d’il y a quelques décennies—ces personnes fonctionnent ou s’expriment en français au Québec. En ce qui me concerne, ils sont des francophones. D’autre part, des « allophones » de l’Inde, du Pakistan, du Népal et de la Jamaïque s’expriment presque uniquement en anglais au Québec. Ils sont donc des anglophones. Mais les statistiques les traitent comme des allophones mystérieux. Niaiseries du gouvernement mises à part, j’aimerais seulement que ces personnes assument leur véritable identité d’anglophone et qu’ils cessent cette farce d’allophone.

Je sais par expérience que beaucoup de faux allo-anglophones, quand on s’adresse à eux en français, pètent une coche et te crient qu’ils paient leurs impôts. Ceci dit, ils disent en anglais qu'ils n'ont pas d’intérêt à s’intégrer à la société ou quelque chose du genre et nous recommandent de ne pas fréquenter leurs commerces si l’on a l’habitude audacieuse de leur parler en français (alors qu’ils prétendent être locuteurs de telle ou telle autre langue). Cette tactique a pour but de se faire pardonner quand ils se comportent en anglophone stéréotypé historique du Québec (c’est-à-dire : un pendejo).

Oui, peut-être que d’un point de vue strictement libertaire, on peut justifier un tel manque de tenue. Moi, néanmoins, j’aimerais que Montréal conserve son statut unique de métropole francophone en terre d’Amérique. En plus, ce n’est pas comme si parler français dépasse les bornes du bon goût et de la courtoisie. La plupart de ces allophones n’a aucune idée ce que c’est vraiment la loi et les statuts et répètent, comme dit le vieil adage, que le « Canada est bilingue » ! Peu importe ce que sont pour vrai les lois, ces personnes nous servent le même discours comme raison de leur paresse, manque d’intérêt et fermeture sur eux-mêmes. Le pire : plusieurs francophones ont intériorisé cette manière de faire et continuent à laisser une telle chose se produire.

Puis, il y a ceux parmi les faux allophones qui sont nés et ont grandi à Montréal (comme ils adorent te dire la partie « born and raised » pour mettre l’accent sur leur authenticité), avec des membres de leur famille, véritablement immigrants d’il y a une ou trois générations. Encore, je reviens aux faux Grecs et aux faux Italiens—Montréal en a tellement. Je connaissais un gars qui s’appelle Mike et, prétendant être italien, il ne parle pas cette langue et n’a jamais mis les pieds dans ce pays. Il parle français comme langue seconde et l’anglais comme langue maternelle. Ceci dit, que fait de ce type un Italien, au juste ? Cette logique fait-elle de moi un Québéco-Norvégien, vu que la famille de ma mère est d’origine québécoise ? Non, on m’appelle toujours « américain ». Mais Mike l’anglophone de Montréal, lui, il est italien ! De belles histoires similaires abondaient dans les bureaux où j’ai travaillé à propos de mes anciens collègues « grecs ». Quel monde merveilleux !

Quand j’en parle avec eux, ils me racontent telle ou telle histoire mielleuse qui fait pleurer, sur le fait qu'on a refusé à leurs parents (ou à eux-mêmes) l’accès à l’école française ou encore que les gens au Québec étaient méchants ou quelque chose de ce genre. Ils parlent comme si l'année 1968 d’avant la loi 101 n’avait rien à voir, quand 40% de l’arrondissement de Saint-Léonard étaient des immigrants italiens, avec une majorité des enfants envoyés à l’école anglaise. Certains disent que l’école française catholique refusait des Italiens, mais je demeure suspicieux et sceptique envers cette allégation quand tout le monde sait que la majorité des immigrants voulait l’école anglaise pour leurs enfants. C’était typique à l’époque et ce l'est sûrement toujours aujourd’hui.

Ils agissent comme s’il n’y avait jamais de bonne raison pour l’existence du Mouvement pour l’intégration scolaire. Ils oublient que la réaction italienne à la francisation a été l’ouverture des écoles anglophones clandestines aux foyers privés, qui manquaient d’équipement de base (même si quelques réseaux anglophones montréalais fournissaient de l’aide financière). On peut trouver du monde dans des cafés miteux sur la rue Jean-Talon près du métro Fabre qui raconte des histoires qui émeuvent aux larmes à propos de leur profond désir de fréquenter l’école française, mais que hélas, les méchants francophones se moquaient de leur accent et les refusaient. Par contre, la commission scolaire protestante civilisée (anglophone), elle, les accueillait à bras ouverts.

Enfin, tout cela n’a plus aucune importance. Quand les faux Italiens ou les faux Grecs ne veulent pas parler le français, ils ont recours à leur formule « I’m Italian » ou « I’m Greek » afin de justifier leur vision du monde indifférente. Après tout, comme a crié le mec fou d'origine indienne du dépanneur (du lien ci-haut) : ils paient leurs impôts, fait que « ferme ta yeule et va dépenser ailleurs » !

Le plus énervant est quand ils se servent de cette identité d’allophone pour se décharger de leur culpabilité de se ficher du Québec et du français, malgré plusieurs années, voire décennies passées ici. Une fois, j’étais à un de ces restos chinois sur la rue de la Gauchetière à Montréal et quand j’étais à la caisse, la caissière m’a parlé en anglais. Je lui ai répondu en français, puis elle m’a répondu dans une langue asiatique. Je lui ai demandé si elle parlait français. Elle a rétorqué : « parlez-vous mandarin ? » Je lui ai demandé « pourquoi diable devrais-je parler le mandarin ? On est au Québec et non en Chine ». Après la mini-chicane, elle a fini par me servir en français. Ah ! Tiens ! La sorcière mesquine parlait finalement un peu en français ! Pourquoi ne l’as-tu pas fait dès le début, ma vieille ? Est-ce vrai, cette idée qui nous raconte que les Asiatiques croient pareilles toutes les langues d’Europe ? Mais je sais que ce n’est pas à sens unique. Au Minnesota, j’ai une fois demandé à un gars dans quelle langue était son tatouage absurde en caractères orientaux. Il m’a répondu « asiatique » et s’est fâché  quand je lui ai dit que cette langue n’existait pas.

C’est drôle, car dans le grand ordre des choses, ces personnes « allophones » finissent par devenir des gros vides, mélangés comme tels dans la tache brune pâteuse multiculturelle de l’Amérique du Nord. Ils refusent l’identité québécoise et tiennent à s’identifier en tant que telle ou telle nationalité—même quand c’est évidemment faux. Mike ne passera jamais pour un vrai Italien en Italie. Il se peut qu’il se dise « canadien » d’une certaine manière—quoi que ça veuille dire. Quand je vivais au Minnesota et que je croisais des Canadiens, je leur demandais souvent de quelle manière ils se distinguent de leurs homologues aux États-Unis. La réponse était presque toujours en lien avec le régime public d’assurance-maladie. Mais là, ils ne peuvent même plus se servir de cet axiome, car les chanceux Américains se trouvent dans une situation semblable avec Obamacare !

En tout cas, la situation allo-anglo ne s’améliore pas dans une Montréal pleine d’anglophones racontant des histoires sur leur triste sort au Québec. Parfois, on entend de la torture qui se passe à la STM ou d’autres trucs qui feront croire que les paramédics mangent des enfants comme la vieille de Hansel et Gretel. Parfois, leurs frères des autres provinces ont un mot à dire.

Avant de recevoir plein de commentaires négatifs des anglos, proférant des inepties sur leurs droits et gna gna gna, sachez que je ne fais que souligner que tous les faux allophones devraient juste s’assumer, cesser de s’afficher en tant qu’allophone et dire ce qu’ils sont—des anglophones, pas très différents les uns des autres, qui ne prêtent aucune attention au Québec et tout ce qui vient avec, tout en instrumentalisant la langue de leurs ancêtres afin de justifier leur médiocrité.

Pour terminer sur une note positive, il y a quelques anglophones au Canada qui se mettent à se réveiller et reconnaître que le Québec a toujours eu raison en ce qui concerne la langue, l’identité et la vie sociale.

Espérons que les « allophones » en tiendront compte.

jeudi 11 février 2016

Après cet article, les anglophones du Québec voteront OUI !



Je ne suis plus sûr pourquoi on ne dit pas franchement la vérité aux gens du Québec. Parmi ceux-ci, les immigrants qui cherchent à s’enrichir et non à s’intégrer se laissent convaincre par le Canada anglais que c’est dans leur intérêt de demeurer dans la province la plus pauvre au Canada per capita. Alors ils viennent ici et jasent de la beauté de leur patrie et d’à quel point les mouvements anticoloniaux sont formidables dans leur pays. Mais ils contribuent à nous empêcher de faire pareil ici!. En étant aux commandes de son destin, le Québec pourrait générer beaucoup plus de richesse que celle générée actuellement dans le régime politique canadien.

Étant donné que le racisme est une attaque contre ce qui est plutôt que ce qui est fait, je ne m’excuse pas de dire ce que je vois. Bien sûr que c’est à la mode parmi les GJS (guerriers de justice sociale) de dire que je suis « privilégié » à cause des malheurs du passé en Amérique du nord. De toute façon, au Québec n’ont jamais été massacrés des Amérindiens. Donc, aux immigrants du Québec, je dis : « Vous rendez-vous compte que vous forcez les Québécois à rester au Canada et les empêchez d’acquérir ce qui est à eux, les richesses d’ici, et ce qui sera à vous aussi ! Vous nous forcez à donner au Rest of Canada (ROC) des impôts et des soldats pour envoyer des bombes chez vos frères et vos sœurs. Pourquoi croire le mensonge que c’est dans votre intérêt de voter NON à un référendum sur la souveraineté du Québec? » Personne n’a l’air de se rendre compte d’à quel point le Québec est riche, y compris les anglophones qui votent toujours NON aux référendums et les sympathisants du Parti Libéral, peu importe le mal que font les Libéraux.

N’y a-t-il personne qui se pose la question à savoir pourquoi nos ponts traversant le Saint-Laurent sont si hauts ?

C’est dû aux énormes navires qui traversent gratuitement notre territoire, de et vers l’Ontario, et de et vers l’océan Atlantique. Le nouveau pont Champlain est censé nous coûter environ 5 milliard $. Ce pont est sous la responsabilité du gouvernement fédéral, lequel veut que ledit pont ait un péage. Et qui traversera ce pont et donc acquittera le péage ? Bien sûr nous, les contribuables du Québec et surtout de Montréal ! Évidemment, il n’y aura personne des provinces dites riches qui paiera (car dans leur novlangue de péréquation, ils appellent le Québec une province démunie). Ainsi, il suffirait de faire quelques calculs pour constater que ce pont coûtera dans les environs de 1200-2000$ par contribuable Québécois. C’est cher payé, et non pas tant pour nos besoins à nous, mais surtout pour ceux des grands navires qui passent dessous.

Juste à côté du pont Champlain il y a un autre pont peu remarqué à deux voies et beaucoup plus bas, l’estacade du pont Champlain—et aussi beaucoup moins cher. La construction d’un pont similaire à six voies, comme le stipule le plan pour le nouveau pont Champlain, vaudrait beaucoup moins, mettons, environ 1,5 milliard $. Ceci dit, étant donné qu’un pont à 1,5 milliard $ comblera essentiellement les besoins des gens de Montréal, ne serait-ce pas plus juste de dire que la différence de 3,5 milliard $ devrait être comblée par un péage pour les navires passants dessous, et non pour les autos passant dessus ? Mais ce n’est pas ça que disent nos chers amis fédéralistes. Oh non non… ils disent que nous on va tout payer ! Or, nous n’avons pas besoin d’un pont aussi haut. Les navires, si. Et ils traversent notre territoire gratuitement !

Je ne dis pas qu’on devrait fermer la voie maritime, mais que le Canada anglais devrait payer sa part des taxes et péages relatifs à ce pont qui, par sa hauteur, favorisera l’acheminement de biens canadiens vers l’océan Atlantique. Ledit nous comprend bien sûr les anglophones de l’Ouest-de-l’île de Montréal—ils n’échapperont pas non plus à ces coûts. Le transport maritime est actuellement de compétence fédérale; la Voie maritime du Saint-Laurent n'appartient légalement pas aux Québécois, bien que notre fleuve constitue autant une grande valeur symbolique qu'un vecteur incontournable de notre développement économique. Tout comme les ports, qui ne nous appartiennent pas non plus, nous laissons entre les mains d'un autre Parlement la gestion de notre potentiel et de nos capacités de s'enrichir collectivement en ne contrôlant pas nos propres voies de transport.

Un Québec indépendant aura le contrôle de la position stratégique du Saint-Laurent ainsi que le droit d’introduire des péages sur les véhicules et les navires traversant son territoire, comme dans tous les autres pays du monde. En 2013, le canal de Suez a généré 5,5 milliard $. Depuis quelques années les richesses ayant transité par la Voie maritime du Saint-Laurent ont un peu décliné en raison de la désindustrialisation de la région des Grands-Lacs (en omettant, bien sûr, le paradoxe de Toronto, une ville se trouvant dans le « Golden Horseshoe » (« Fer à cheval Doré ») où la richesse est arbitrairement accumulée pour des raisons politiques, mais sûrement pas grâce à sa géographie).

Les pays enclavés, sans accès à l’océan, sont généralement plus pauvres. Il suffit de regarder les cas du Laos, de la Bolivie, du Mali, de la Mongolie… même de notre propre pays le Canada. L’Alberta a ses sables bitumineux, tandis que c’est Vancouver qui se trouve au sommet de la liste des villes canadiennes à la meilleure qualité de vie. Montréal a un accès navigable à l’océan, mais est plus pauvre que Toronto… et non, ce n’est pas à cause du nationalisme québécois, ni de la langue française (petite anecdote : un gars nono m’a déjà dit que c’est cher, tout traduire en français, et que c’est pour ça que nous payons plus d’impôts au Québec… sacrement). Cette salade que nos amis fédéralistes adorent nous raconter commence à flétrir. La décision de faire de Toronto la métropole canadienne était prise bien avant la Révolution tranquille. Le Canada a choisi Toronto comme sa métropole et Montréal devient une ville satellite de cette méga-city comme toutes les autres villes canadiennes désormais. 

Or, la souveraineté politique et économique transformerait Montréal en métropole financière de niveau international, avec des multinationales y ayant, de nouveau, leurs sièges sociaux (et tous les gros salaires qui viennent avec). L’Aéroport de Montréal-Trudeau deviendrait un carrefour international au lieu d’être une succursale pour les aéroports de  Toronto. La Ville de Québec profitera énormément en tant que Capitale internationale—imaginez les ambassades qui y pousseront et les richesses que celles-ci vont drainer ! La Ville de Québec, si elle a un complexe d’infériorité face à Montréal, verrait celui-ci s’effacer devant son statut de capitale à l’échelle internationale.

Aucun pays n’a regretté d’avoir atteint sa souveraineté juridique.

C’est aussi de plus en plus clair que le vieux discours de victime et de trahison ne touche plus les jeunes au Québec (encore moins chez les immigrants). La jeune génération est passée à autre chose et veut entendre un message constructif. Elle veut entendre comment l’indépendance sera avantageuse pour eux, pour leurs intérêts économiques et leurs valeurs. Le Québec a une population 50 fois plus grande que celle de, disons, l’Île du Prince-Édouard, mais son pouvoir politique ne vaut pas bien plus que celui de cette petite île.

En plus de ramener progressivement les gros salaires de Toronto vers Montréal, Montréal redeviendra une grande métropole de la finance d’un pays souverain au lieu d’être une ville retardée qui dépend des choix du ROC. Montréal aura de nouveau sa Bourse, alors la précédente a fusionné avec celle de Toronto en 2007 pour des raisons purement politiques et non économiques, malgré ce que disent nos amis fédéralistes qui invoquent le nationalisme québécois.

Prenez une ville comme Oslo, capitale de la Norvège. La population norvégienne frôle 4,5 million habitants et Oslo a sa Bourse ; d’ailleurs tous les pays Scandinaves en ont une. Imaginez si les trois pays Scandinaves avaient formé un pays uni, étant donné leurs langues similaires à 90% et leur histoire commune, est-ce que vous croyez vraiment qu’Oslo aurait eu la même importance que celle dont elle jouit aujourd’hui en tant que capitale internationale ?

85% de la population canadienne réside dans une bande est-ouest longue et étroite. Au nom de l’unité politique, le fédéral essaye toujours d’entretenir cet arrangement coûteux en orientant les relations économiques et commerciales dans une trajectoire est-ouest, au lieu de le faire dans l’axe nord-sud plus naturel (70% des exportations du Québec en 2014 sont à destination des États-Unis). Quand on prend en considération les relations du Québec avec le reste du monde, il ne reste pas grand-chose pour cet axe est-ouest du ROC. Par exemple Hydro-Québec a probablement été créée, entre autres, en regard d’objectifs financiers inclus dans l’axe nord-sud, puisqu’elle vend une bonne partie de son électricité en Nouvelle-Angleterre.

Et l’état déplorable de nos routes ? Les commerçants des provinces atlantiques expédient et reçoivent leurs biens par camion – alors qu’un camion peut dégrader la route autant que 10 000 autos—et ils passent gratuitement sur notre territoire ! L’usure énorme des camions, aggravée par l’effet de nos hivers québécois, résultera toujours en un coût plus élevé d’entretien routier au Québec. Or, les Québécois se baladent très rarement dans les provinces atlantiques, au Manitoba ou en Ontario. Les gens de ces provinces par contre traversent volontiers le nôtre. Est-ce que cela pourrait contribuer aux raisons pour lesquelles nos routes sont généralement dans un état pire que les leurs ? Pourquoi alors les laissons-nous passer chez nous gratuitement ?

Et la péréquation ? Ce système sert à faire croire à tout le monde que le Canada nous donne annuellement un cadeau du ciel ; en fait la péréquation c’est l’ensemble des taxes payées par tous les contribuables Canadiens. Elle est distribuée des provinces les plus riches aux provinces et territoires les plus pauvres dans le but d’uniformiser le niveau de vie à travers le Canada. Étant donné que son financement vient des taxes fédérales et non uniquement des argents provenant des sables bitumineux, et que nous aussi au Québec on paie des taxes, est-ce vraiment un si gros cadeau ? « On » dit que le Québec est pauvre ; alors ne serait-« on » pas content de se débarrasser de nous au sein de la fédération canadienne? Oui, le Québec a reçu une somme de 9,3 milliard $ pour l’année 2014-15. Mais le Québec a aussi payé 18% de cette somme avec ses taxes. Donc, il faut déjà relativiser ledit « cadeau ».

Le gouvernement fédéral compte dix provinces à partir desquelles il calcule les paiements au sein de son système national de péréquation. Les trois immenses territoires du nord du pays, sous-peuplés et sous-développés, auxquels le système de péréquation ne demande pas de contribuer, peuvent néanmoins en recevoir des paiements—une autre somme énorme à soustraire. Les Amérindiens sont trois fois plus nombreux au Canada anglais—encore plusieurs millions qu’on paie et dont on ne tire rien. La population de 8 million d’habitants au Québec est la 2e plus importante au Canada, pour un paiement de péréquation d’environ  915$ en 2014-15, par opposition à  2 320$ par personne à l’île du Prince-Édouard. Le « cadeau » fédéral au Québec est ainsi beaucoup plus petit que l’on prétend. Pensez à tous les milliards que nous perdons en renonçant à la gestion de nos propres affaires ! La vallée du Saint-Laurent, au vu de l’intensité de la circulation maritime sur ses eaux, nous profite actuellement très peu  malgré son immense potentiel économique. Le mirage de la péréquation fait croire aux Québécois qu’ils reçoivent la charité du gouvernement fédéral. Le Canada est organisé d’une manière à prendre ce qui appartient au Québécois. Ils ne nous donnent rien.

Et l’environnement ? Considérez ceci : l’Alberta produit un pétrole sale et coûteux à extraire; et n’a aucun accès maritime. La Colombie-Britannique a refusé l’oléoduc Northern Gateway. Pour des raisons politiques, l’Alberta est obligé de passer par la vallée du Saint-Laurent. Non seulement devrions-nous exiger un droit de passage sur notre territoire, comme c’est l’usage dans tous les pays, mais les revenus générés par ce péage de la Voie maritime du Saint-Laurent pourrait servir à investir dans notre réseau de transport électrique.

En matière énergétique, le Québec produit majoritairement de l’hydro-électricité,  laquelle aide à équilibrer le bilan environnemental canadien un peu noirci par la production de pétrole sale en Alberta. Sans le Québec, le Canada serait beaucoup plus perçu comme un pollueur qu’il ne l’est aujourd’hui. Si un système mondial d’échange de crédits-carbone était mis en place, cela induirait peut-être le paiement de crédits de carbone au Québec... Je parle de l’initiative onusienne à l’échelle locale qui oblige les grands pollueurs de payer aux pollueurs plus petits. Qu’il s’agisse d’une escroquerie onusienne à la « nouvel ordre mondial » ou non, c’est quand même une façon intéressante de voir comment le Québec peut encore une autre fois sortir avec le gros bout du bâton.

Et ce « 3e référendum » tant redouté ? Plus précisément, la démocratie est-elle bonne ou mauvaise ? Si l’on croit que la démocratie est bonne, les référendums sont un outil rien de moins que supérieur pour apprécier ce que veut une population donnée à un moment donné sur un sujet précis, spécifiquement en comparaison d’une élection sur quelques idées éparses ou relatant des sottises comme le coiffeur d’un candidat. En tant qu’outil privilégié en démocratie, un référendum se gagne ou se perd avec 50% +1 des voix, au lieu d’avec 30-40% des voix comme on l’a déjà vu dans certaines élections avec un mode de scrutin critiqué.

Quand les fédéralistes disent qu’ils ne veulent pas un autre referendum, ce qu’ils disent vraiment c’est que la démocratie est nocive—donc, selon eux nous devrions tout simplement éliminer les élections ! Plutôt que de convaincre la population que le fédéralisme est supérieur à d’autres formes de gestion politique, les fédéralistes eux-mêmes ont décidé de détruire leur patrie avec une immigration massive et inassimilable. Ils ont même mis de l’avant l’idée stupide que les réfugiés Syriens à Montréal devraient avoir l’accès au système scolaire anglophone. L’idée derrière cela est qu’ils ont déjà tellement souffert que ce serait cruel de leur imposer en plus l’apprentissage du français, lequel est bien sûr assimilable à une torture… Les écoles de CSEM sont à moitié vides aussi.

En tout cas, je crois que je vais devoir faire une suite à cet article. Pour l’instant, je vais conclure ainsi : il y en a qui disent qu’il faut faire le ménage dans l’État québécois avant de penser à faire l’indépendance… c’est plutôt le contraire ! En se servant des avantages fournis par l’indépendance, nous pourrions enfin nous attaquer aux problèmes qui nous concernent tous—anglos, francos, allos—soient les infrastructures qui tombent en ruine, les richesses et le capital déplacés, nos institutions qui tournent mal…tout cela nous touche tous. Les sondages disent que la majorité des jeunes au Québec se croient Québécois d’abord et avant tout. Des plus jeunes aux plus âgés, quelle que ce soit votre langue, rendez-vous compte que la souveraineté, c’est payant.

Mon texte ne met pas de l’avant des opinions extrémistes, mais plutôt morales.