vendredi 10 juin 2016

Anglophones qui se prennent pour des allophones



Dernièrement, je pense à toutes les choses problématiques qui se passent au Québec et je me dis : peut-être que c’est juste trop étroit d’esprit de ta part de t’en prendre aux allophones ? Puis, j’en croise deux ou trois tout au long de la journée et, malgré moi, ça me rappelle à quel point cette situation est sotte et je suis porté à vouloir ajouter mon grain de sel.

Depuis mon arrivée à Montréal en 2009, une « espèce » m’entoure et elle semble n’exister qu’au Québec : l’allophone ! Si vous n’êtes pas du Québec, vous vous demanderez peut-être ce que diable est un allophone ? Courte réponse : un allophone est une personne au Québec qui n’a ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.

Je n’ai jamais trop aimé ce terme, très politiquement correct, « allophone ». Je comprends qu’il nous faut un mot pour parler de cette espèce qui ne semble exister qu’ici, mais je trouve que ce terme ne fait pas grand-chose sauf fausser les statistiques linguistiques de la ville de Montréal. Mais je suppose qu’il faut dire quelque chose pour contenter certains enfants d’immigrés, comme  les anglophones d’origine italienne/grecque de la troisième génération, prétendant être allophone. Cette comédie a tendance à dévoiler son vrai visage, d’ailleurs décevant, quand on leur demande pourquoi leurs connaissances du Québec sont si pitoyables quand ils ont physiquement vécu toute leur vie ici.

D’ailleurs, certains groupes considérés « allophones » sont pratiquement francophones. Pensez aux gens du Maghreb, d’Haïti, même du Viêtnam d’il y a quelques décennies—ces personnes fonctionnent ou s’expriment en français au Québec. En ce qui me concerne, ils sont des francophones. D’autre part, des « allophones » de l’Inde, du Pakistan, du Népal et de la Jamaïque s’expriment presque uniquement en anglais au Québec. Ils sont donc des anglophones. Mais les statistiques les traitent comme des allophones mystérieux. Niaiseries du gouvernement mises à part, j’aimerais seulement que ces personnes assument leur véritable identité d’anglophone et qu’ils cessent cette farce d’allophone.

Je sais par expérience que beaucoup de faux allo-anglophones, quand on s’adresse à eux en français, pètent une coche et te crient qu’ils paient leurs impôts. Ceci dit, ils disent en anglais qu'ils n'ont pas d’intérêt à s’intégrer à la société ou quelque chose du genre et nous recommandent de ne pas fréquenter leurs commerces si l’on a l’habitude audacieuse de leur parler en français (alors qu’ils prétendent être locuteurs de telle ou telle autre langue). Cette tactique a pour but de se faire pardonner quand ils se comportent en anglophone stéréotypé historique du Québec (c’est-à-dire : un pendejo).

Oui, peut-être que d’un point de vue strictement libertaire, on peut justifier un tel manque de tenue. Moi, néanmoins, j’aimerais que Montréal conserve son statut unique de métropole francophone en terre d’Amérique. En plus, ce n’est pas comme si parler français dépasse les bornes du bon goût et de la courtoisie. La plupart de ces allophones n’a aucune idée ce que c’est vraiment la loi et les statuts et répètent, comme dit le vieil adage, que le « Canada est bilingue » ! Peu importe ce que sont pour vrai les lois, ces personnes nous servent le même discours comme raison de leur paresse, manque d’intérêt et fermeture sur eux-mêmes. Le pire : plusieurs francophones ont intériorisé cette manière de faire et continuent à laisser une telle chose se produire.

Puis, il y a ceux parmi les faux allophones qui sont nés et ont grandi à Montréal (comme ils adorent te dire la partie « born and raised » pour mettre l’accent sur leur authenticité), avec des membres de leur famille, véritablement immigrants d’il y a une ou trois générations. Encore, je reviens aux faux Grecs et aux faux Italiens—Montréal en a tellement. Je connaissais un gars qui s’appelle Mike et, prétendant être italien, il ne parle pas cette langue et n’a jamais mis les pieds dans ce pays. Il parle français comme langue seconde et l’anglais comme langue maternelle. Ceci dit, que fait de ce type un Italien, au juste ? Cette logique fait-elle de moi un Québéco-Norvégien, vu que la famille de ma mère est d’origine québécoise ? Non, on m’appelle toujours « américain ». Mais Mike l’anglophone de Montréal, lui, il est italien ! De belles histoires similaires abondaient dans les bureaux où j’ai travaillé à propos de mes anciens collègues « grecs ». Quel monde merveilleux !

Quand j’en parle avec eux, ils me racontent telle ou telle histoire mielleuse qui fait pleurer, sur le fait qu'on a refusé à leurs parents (ou à eux-mêmes) l’accès à l’école française ou encore que les gens au Québec étaient méchants ou quelque chose de ce genre. Ils parlent comme si l'année 1968 d’avant la loi 101 n’avait rien à voir, quand 40% de l’arrondissement de Saint-Léonard étaient des immigrants italiens, avec une majorité des enfants envoyés à l’école anglaise. Certains disent que l’école française catholique refusait des Italiens, mais je demeure suspicieux et sceptique envers cette allégation quand tout le monde sait que la majorité des immigrants voulait l’école anglaise pour leurs enfants. C’était typique à l’époque et ce l'est sûrement toujours aujourd’hui.

Ils agissent comme s’il n’y avait jamais de bonne raison pour l’existence du Mouvement pour l’intégration scolaire. Ils oublient que la réaction italienne à la francisation a été l’ouverture des écoles anglophones clandestines aux foyers privés, qui manquaient d’équipement de base (même si quelques réseaux anglophones montréalais fournissaient de l’aide financière). On peut trouver du monde dans des cafés miteux sur la rue Jean-Talon près du métro Fabre qui raconte des histoires qui émeuvent aux larmes à propos de leur profond désir de fréquenter l’école française, mais que hélas, les méchants francophones se moquaient de leur accent et les refusaient. Par contre, la commission scolaire protestante civilisée (anglophone), elle, les accueillait à bras ouverts.

Enfin, tout cela n’a plus aucune importance. Quand les faux Italiens ou les faux Grecs ne veulent pas parler le français, ils ont recours à leur formule « I’m Italian » ou « I’m Greek » afin de justifier leur vision du monde indifférente. Après tout, comme a crié le mec fou d'origine indienne du dépanneur (du lien ci-haut) : ils paient leurs impôts, fait que « ferme ta yeule et va dépenser ailleurs » !

Le plus énervant est quand ils se servent de cette identité d’allophone pour se décharger de leur culpabilité de se ficher du Québec et du français, malgré plusieurs années, voire décennies passées ici. Une fois, j’étais à un de ces restos chinois sur la rue de la Gauchetière à Montréal et quand j’étais à la caisse, la caissière m’a parlé en anglais. Je lui ai répondu en français, puis elle m’a répondu dans une langue asiatique. Je lui ai demandé si elle parlait français. Elle a rétorqué : « parlez-vous mandarin ? » Je lui ai demandé « pourquoi diable devrais-je parler le mandarin ? On est au Québec et non en Chine ». Après la mini-chicane, elle a fini par me servir en français. Ah ! Tiens ! La sorcière mesquine parlait finalement un peu en français ! Pourquoi ne l’as-tu pas fait dès le début, ma vieille ? Est-ce vrai, cette idée qui nous raconte que les Asiatiques croient pareilles toutes les langues d’Europe ? Mais je sais que ce n’est pas à sens unique. Au Minnesota, j’ai une fois demandé à un gars dans quelle langue était son tatouage absurde en caractères orientaux. Il m’a répondu « asiatique » et s’est fâché  quand je lui ai dit que cette langue n’existait pas.

C’est drôle, car dans le grand ordre des choses, ces personnes « allophones » finissent par devenir des gros vides, mélangés comme tels dans la tache brune pâteuse multiculturelle de l’Amérique du Nord. Ils refusent l’identité québécoise et tiennent à s’identifier en tant que telle ou telle nationalité—même quand c’est évidemment faux. Mike ne passera jamais pour un vrai Italien en Italie. Il se peut qu’il se dise « canadien » d’une certaine manière—quoi que ça veuille dire. Quand je vivais au Minnesota et que je croisais des Canadiens, je leur demandais souvent de quelle manière ils se distinguent de leurs homologues aux États-Unis. La réponse était presque toujours en lien avec le régime public d’assurance-maladie. Mais là, ils ne peuvent même plus se servir de cet axiome, car les chanceux Américains se trouvent dans une situation semblable avec Obamacare !

En tout cas, la situation allo-anglo ne s’améliore pas dans une Montréal pleine d’anglophones racontant des histoires sur leur triste sort au Québec. Parfois, on entend de la torture qui se passe à la STM ou d’autres trucs qui feront croire que les paramédics mangent des enfants comme la vieille de Hansel et Gretel. Parfois, leurs frères des autres provinces ont un mot à dire.

Avant de recevoir plein de commentaires négatifs des anglos, proférant des inepties sur leurs droits et gna gna gna, sachez que je ne fais que souligner que tous les faux allophones devraient juste s’assumer, cesser de s’afficher en tant qu’allophone et dire ce qu’ils sont—des anglophones, pas très différents les uns des autres, qui ne prêtent aucune attention au Québec et tout ce qui vient avec, tout en instrumentalisant la langue de leurs ancêtres afin de justifier leur médiocrité.

Pour terminer sur une note positive, il y a quelques anglophones au Canada qui se mettent à se réveiller et reconnaître que le Québec a toujours eu raison en ce qui concerne la langue, l’identité et la vie sociale.

Espérons que les « allophones » en tiendront compte.